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Travail et antisémitisme
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skum



Joined: 18 Oct 2009
Posts: 81

PostPosted: 30 Jun 2010 15:39    Post subject: Travail et antisémitisme Reply with quote

Deux textes (un sur Postone et un - long - de Jean-Marie Vincent) faisant suite à cette remarque de Denis Baba :

Quote:
Bien sûr, comme tous les bons professionnels du moment... Nos sociétés sont entièrement dévorées par leurs fétiches : l'argent, le travail, le capital. Je lis aussi ce vieux réactionnaire de Karl Kraus qui montrait comment l'Allemagne en crise des années 1920 et 1930 avait connu un effondrement de la raison et de l'intelligence collective.

http://palim-psao.over-blog.fr/article-grece-generale-52138199.html



Quote:
Postone et son écrit sur l'antisémitisme [1]

par Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn

[Extrait de la présentation critique du Groupe Krisis : L'évanescence de la valeur, pp. 9-14, L'Harmattan, 2006.]


Pour Moishe Postone, attendu que la rationalité instrumentale aussi bien que l'idéologie antisémite naissent du même monde capitaliste et que celle-là ne saurait expliquer cette dernière, il importe d'exposer l'enchaînement conceptuel qui des catégories fondamentales de la société capitaliste monte jusqu'à la contre-rationalité [2] antisémite. C'est à cette tâche que s'applique Postone, mais en s'appuyant sur la critique de l'économie politique faite par Marx plutôt que sur une critique d'ordre philosophique. Il insiste sur le fait que Le Capital n'est pas un manuel d'économie, mais la critique d'une certaine forme sociale de l'activité humaine, de la richesse ainsi que de la pensée, c'est-à-dire celle de la matérialité et de l'idéalité sociales, de l'économie et de l'idéologie, de la fausse société et de la pensée fétichisée que celle-ci engendre. Dès le début du Capital, il apparaît que la "modernité" n'est pas si rationnelle qu'elle ne le prétend. La marchandise qui semble être une chose terre à terre, s'avère être une "chose extrêmement embrouillée, pleine de subtilités métaphysiques et de lubies théologiques", une chose "sensible suprasensible", à "caractère mystique" [3], "un hiéroglyphe social" [4], une "forme délirante" [5]. Elle n'est pas seulement cette chose concrète ayant telle valeur d'usage mais comporte également une dimension abstraite, la "valeur", qui n'apparaît jamais en tant que telle, mais d'une façon à taire tourner la tête. Là est posée le concept "d'abstraction réelle" que Marx a développé dans la Contribution à la critique de l'économie politique. On y lit que la réduction des différents travaux à "un travail non différencié, uniforme, simple, bref à un travail qui soit qualitativement le même et ne se différencie donc que quantitativement (...) est une abstraction qui s'accomplit journellement dans le procès de production sociale", abstraction qui n'est "pas plus grande ni moins réelle que la réduction en air de tous les corps organiques" [6].

Postone va démontrer que l'antisémitisme naît de la manière dont apparaissent ces deux côtés de la marchandise, puis du capital, et qu'il peut être compris comme une révolte - non certes contre la "modernité" mais contre l'abstraction phénoménale - comme une révolte "anticapitaliste" qui affirme l'ordre même contre lequel elle s'insurge, une révolte qui, au lieu d'en finir avec la société capitaliste, débouche sur la froide destruction des Juifs.

La mise en avant de la notion de fétichisme lui permet d'expliquer que les rapports sociaux n'apparaissent pas en tant que tels et que de plus ils apparaissent de façon antinomique comme opposition entre l'abstrait et le concret. L'abstrait, c'est-à-dire par exemple, l'argent, va apparaître comme le mal et le concret comme le naturel, le bien [7]. Et l'abstrait (la domination abstraite du capital dont le "sujet" est la valeur) va être personnifié sous la figure du Juif [8]. Cette conception offre un autre intérêt en ce qu'elle permet de comprendre que les attaques contre les Juifs n'ont pas été essentiellement spécifiées en termes d'affrontements de classes contre des représentants du capital (comme le firent les marxistes de gauche avec leur théorie sur la crise des années 30 qui rendrait obsolète les anciennes classes moyennes dont les Juifs font globalement partie [9]), mais comme une personnification de la domination internationale du capital. Les forces occultes du mal devaient être rendues visibles.

Cette interprétation de Postone est très différente à la fois des interprétations psychologiques bourgeoises (la folie ou l'irrationalité d'un système politique) et des interprétations fonctionnalistes marxistes. Pour Postone, l'usine capitaliste est un lieu où est produite la valeur, production qui, "malheureusement", doit prendre la forme d'une production de biens, de valeurs d'usage. C'est en tant que support nécessaire de l'abstrait que le concret est produit. Les camps d'extermination n'étaient pas la version d'horreur d'une telle usine ; il faut y voir au contraire la négation "anticapitaliste" grotesque, aryenne de celle-ci. Auschwitz était une usine à "détruire la valeur" [10], c'est-à-dire à détruire les personnifications de l'abstrait. Son organisation était celle d'un processus industriel diabolique dont le but était de "libérer" le concret de l'abstrait. Le premier pas pour réaliser ce but consista à déshumaniser les Juifs, c'est-à-dire à leur arracher le "masque" de l'humanité, de la spécificité qualitative, pour les montrer "tels qu'ils sont réellement" : des ombres, des chiffres, des abstractions. Le second pas consista à exterminer ces abstractions, à les transformer en fumée, tout en essayant de récupérer les derniers restes de la "valeur d'usage matérielle et concrète : vêtements, or, cheveux".

Cette thèse n'a pas qu'une portée théorique ; elle est en effet d'actualité dans chaque phase historique de crise où ne manque pas de se produire une certaine convergence entre les différentes formes d'anti-capitalisme. On le voit aujourd'hui avec le mouve ment anti-mondialisation dans lequel se côtoient souverainistes de différentes obédiences, anti-américains et anti-impérialistes. Dans cette mouvance, les attaques contre le mauvais capitalisme financier qui dicterait les exigences de la valorisation au bon capitalisme industriel expriment bien ce que décrit Postone : une fois de plus un bon concret est opposé à un mauvais abstrait. "Cette forme 'd'anti-capitalisme' repose donc sur une attaque unilatérale de l'abstrait. L'abstrait et le concret ne sont pas saisis dans leur unité, comme partie fondatrice d'une antinomie pour laquelle le dépassement effectif de l'abstrait - de la dimension de la valeur - suppose le dépassement pratique et historique de l'opposition elle-même, ainsi que celui de chacun de ses termes. (...) En ce sens, cette pensée est le complément antinomique de la pensée libérale [11]".

Le concept marxien de fétiche a pour visée stratégique de fournir une théorie de la connaissance fondée sur la distinction entre essence des rapports sociaux et formes phénoménales. Les catégories marxistes expriment à la fois des rapports sociaux réifiés spécifiques et des formes de pensée, mais cela ne recoupe pas la distinction fonctionnaliste et marxiste traditionnelle entre infrastructure et superstructure : "L'idée que les catégories expriment à la fois des rapports sociaux "réifiés" spécifiques et des formes de pensée, diffère essentiellement du principe courant de la tradition marxiste qui conçoit ces catégories en termes de "base économique" et la pensée en termes de superstructure dérivée d'intérêts et de besoins de classes" [12].

La démarche de Postone et son influence directe sur Krisis apparaissent bien mieux dans le texte "Quelle valeur a le travail", repris dans Marx est-il devenu muet ? [13] Postone y définit ce qu'il entend par "marxisme traditionnel", c'est-à-dire une analyse du capitalisme essentiellement faite en termes de rapports de classes enracinés dans des rapports de propriété médiatisés par le marché...


NOTES

[1] Cf. Moishe Postone "Antisémitisme et national-socialisme", [un autre résumé : "Les camps de la mort : une usine capitaliste inversée"] dans Marx est-il devenu muet ? Face à la mondialisation. Textes traduits de l'américain et présentés par Olivier Galtier et Luc Mercier, L'Aube, 2003, p.79-107. Nous avons été les premiers à traduire ce texte - sous le titre "La logique de l'antisémitisme", le seul texte de Postone publié en français à l'époque - dans Temps critiques n°2, automne 1990, p. 13-37, présentation de Bodo Schulze, traduction de Bodo Schulze et de Laure Balandier).
[2] Ce concept de contre-rationalité a été proposé par Dan Diner in Zwischen Aporie und Apologie. Über Grenzeti der Historisierbarkeit des National-socilismus, Fischer. 1987. Le concept de contre-rationalité tient compte de ce que l'antisémitisme s'oppose radicalement à la rationalité instrumentale tout en comportant une certaine logique interne que le terme d'irrationalité tend à obscurcir. Pour un emploi plus récent du terme, on peut se rapporter à un article d'Hipparchia dans le n° 3 de Temps critiques (2003), p. 133.
[3] Marx, Le Capital tome I Messidor. Éd sociales. 1983, p.81 .
[4] Ibid., p. 85.
[5] Ibid., p. 87.
[6] Contribution... Éd Sociales, p.10. Dans Relire le Capital. Page Deux, 2003, volume I, p.49, Tran Hai Hac propose d'employer plutôt le terme "d'abstraction sociale" pour montrer qu'il s'agit d'une abstraction correspondant à un procès social déterminé.
[7] C'est déjà ce qu'on trouvait chez Proudhon, défenseur du travail concret contre l'argent et qui confond la forme phénoménale du capital avec son essence. C'est aujourd'hui ce qu'on retrouve avec des groupes comme ATTAC et les litanies contre le capital financier qui martyrise notre bon capital productif ! Comme le disent O. Galtier et L. Mercier dans leur préface à Marx est-il devenu muet ? La méthode de Postone "peut être utilisée pour analyser de manière critique tous les anticapitalismes à tendance personnificatrice (ceux-ci ne contribuent jamais à détruire le capitalisme, ils ne font que participer à sa mutation)".
[8] Dans Marx est-il devenu muet? (L'aube, 2003), Postone dit que les Juifs ne firent pas les représentants du capital (cela aurait pu justifier un antisémitisme de classe présent, par exemple, dans le mouvement anarcho-syndicaliste français du début du XXe siècle), mais qu'ils furent sa personnification.
[9] Pour une affirmation radicale de cette position, cf. le texte "Auschwitz ou le grand alibi", dans la revue Programme communiste, n° 11, avril 1960 et notre critique dans le n°2 de la revue Temps critiques (1990).
[10] Et non pas à la créer comme ont essayé de le faire croire les ultra-gauches influencés par les thèses bordiguistes avec leur mise en avant du Arbeit macht frei au frontispice d'Auschwitz. [Ouïe ! Chui ultra-gauche ! Merdre alors !]
[11] Postone, op. cit. p. 99.
[12] Postone, op.cit. p.91, note 7. Dans notre réédition de ce texte de Postone dans le volume II de l'anthologie de Temps critiques intitulée La valeur sans le travail, (L'Harmattan, 1999), nous avons signalé, en avant-propos pourquoi nous émettions des réserves vis-à-vis du titre choisi par Bodo Schulze à partir de la traduction allemande, alors que le titre américain est : Anti-semitism and national-socialism. Nous y voyons un forçage du sens peu satisfaisant. En première lecture, il accrédite l'idée d'une logique de l'antisémitisme comme il y aurait une logique du capitalisme et comme il y a une logique des mathématiques ! Nous disions à l'époque que cela ne nous éclairait pas sur le type de logique en question. Aujourd'hui, grâce à l'apport d'autres textes de Postone, nous y voyons une logique hégélienne à l'œuvre et une dialectique du concret et de l'abstrait à laquelle nous n'adhérons pas ou plus. Cela apparaîtra plus loin dans notre critique du concept d'abstraction réelle et de celui de forme-valeur. Mais à cette logique hégélienne correspond aussi une logique de la valeur-sujet qui conduit implicitement Postone à vouloir à tout prix fonder le projet de l'extermination des Juifs dans une logique du capital. C'est finalement une position assez proche de celle des bordiguistes, ce qui mine un peu l'originalité de sa vision. Vouloir absolument rattacher antisémitisme et capitalisme amène à chercher une rationalité toute hégélienne dans une réalité qui, elle, n'est pas rationnelle (Schulze reconnaît que l'antisémitisme n'a pas besoin des Juifs pour exister et Postone que l'extermination n'avait aucune "utilité" pour les nazis). Si Lukàcs et E.Bloch ont insisté sur cette irrationalité fondamentale du national-socialisme, on peut dire ici que Postone et Schulze se rattachent plutôt à la vision adomienne du national-socialisme comme produit dérivé de "la froideur bourgeoise". Pour nous, malgré tout l'intérêt du texte de Postone, cette question n'est pas pensable sans prendre en considération la question du rapport à la communauté. Accessoirement cela fonde notre critique de la dialectique postonienne concret/abstrait, car là où il ne voit qu'abstrait (le cosmopolitisme des Juifs face au pseudo concret de la race et de la nation), nous voyons une occultation du concret de la communauté juive, la dernière communauté à ne pas avoir encore été détruite totalement, à l'époque, par le capital.
[13] Moishe Postone, Marx est-il devenu muet ? Face à la mondialisation. Textes traduits de l'américain et présentés par O.Galtier et L.Mercîer. L'aube, 2003.



Quote:
Auschwitz et la suite

par Jean-Marie Vincent


Est-il possible d'affirmer que l'extrême gauche et la gauche disposent aujourd'hui de théorisations satisfaisantes sur le nazisme, l'antisémitisme et l'Holocauste ? Cela paraît douteux au vu des débats actuels. À titre d'exemple, on peut renvoyer au numéro de février 1997 des Temps modernes en grande partie consacré à une critique du livre de Daniel Goldhagen, Les Bourreaux volontaires d'Hitler. Les articles, divers dans leurs orientations, montrent correctement que la thèse de Goldhagen sur l'existence d'un antisémitisme d'extermination généralisé dans la société allemande, donc présent au-delà du parti et des SS chez les Allemands ordinaires, est intenable. Mais là s'arrête leur aspect positif, car ils sont pour le reste d'une assez grande confusion ; Claude Lanzmann, de façon significative, défend l'unicité singulière de la Shoah en disant qu'on ne peut l'expliquer [1]. Cela revient à cautionner indirectement les interprétations des extrémistes religieux ou laïques d'Israël qui font de l'Holocauste une sorte de catastrophe métaphysique qui ne peut être compréhensible que par référence à l'histoire du peuple juif, élevée ou plutôt rabaissée au rang de mythologie.

Tout cela doit amener à reconnaître qu'il y a bien des carences dans l'analyse du poids et de la place de l'antisémitisme dans la politique nazie. On a réduit en général l'antisémitisme à un ensemble de préjugés utilisables par des démagogues. On n'a pas voulu voir que l'antisémitisme était central dans la politique nazie, voire qu'il lui était consubstantiel. L'antisémitisme des dirigeants nazis était indubitable, mais ce n'est pas leur psychologie et leurs préjugés qui expliquent leur politique. Hitler écrivait déjà en 1919 qu'il était nécessaire de passer d'un antisémitisme de sentiment à un antisémitisme de raison. Il voulait dire par là que l'antisémitisme devait être systématisé, qu'il devait devenir un instrument de discrimination entre amis et ennemis et surtout un instrument de destruction de la politique et de la confrontation démocratiques. En d'autres termes, l'antisémitisme devait sans cesse être développé pour justifier la recherche du pouvoir ou sa conservation une fois la prise du pouvoir effectuée. L'antisémitisme devait être mis en scène comme une lutte à mort, c'est-à-dire devenir de fait une lutte à mort contre un ennemi construit délibérément comme le mal absolu. D'une certaine façon, les juifs étaient un objet idéal, parce que l'antisémitisme était un vieil héritage qu'on pouvait faire fructifier et élargir.

L'antisémitisme systématisé et meurtrier d'après la prise de pouvoir présentait en outre l'avantage de lier les non-juifs aux nazis en les obligeant à participer aux persécutions des juifs, en les rendant complices de ce qu'ils ne voulaient pas forcément. Dans un premier temps (en 1933-1934), les mesures antijuives ont été limitées, mais elles ont très vite obéi à une logique de l'escalade dont la pointe extrême a été la « solution finale ». Elles se sont appuyées pour cela sur les mécanismes qui produisent de l'agression et de l'indifférence à l'intérieur des rapports sociaux capitalistes. Les relations de concurrence sur les mar¬chés (capitaux, marchandises, travail) sont en effet des relations d'affrontement et de séparation qui jouent inévitablement sur l'agressivité comme en témoigne quotidiennement le vocabulaire de guerre éco¬nomique employé dans les médias. Chacun est potentiellement l'adversaire de l'autre, chacun doit bâtir des systèmes de défense pour s'affirmer et se préserver dans un monde souvent hostile. À cela il faut ajouter les effets du conditionnement et de l'exploitation de la capacité d'agir des hommes par le capital qui fait des salariés un facteur de production ou un matériau parmi d'autres : l'homme de la compétition devient un moyen pour l'homme. Dans les mouvements de la valorisation, des hommes et des femmes sont à chaque instant jetés sur le bord de la route comme superflus. La société est ainsi imprégnée de violence, non seulement la violence impersonnelle des dispositifs et agencements du capital, mais aussi la violence que les individus-supports des rapports capitalistes exercent les uns sur les autres. On peut même dire, en ce sens, que les rapports sociaux se reproduisent comme rapports de pouvoir, comme hiérarchisation des relations pour servir les équilibres du capital. La puissance collective de l'agir humain est détournée vers les fins désocialisantes et déshumanisantes de la valorisation.

Sans doute y a-t-il des correctifs, des éléments de compensation à cet état de choses, c'est-à-dire des éléments de civilisation et de civilité dus à la fois à la proscription de la violence arbitraire dans le quotidien, à l'apparition d'un ordre juridique et de mécanismes de représentation politique. Mais il faut faire attention à ce que le processus de civilisation (pour reprendre la terminologie d'Elias) est remis en question insidieusement par des processus de délitement des rapports sociaux consécutifs à des affrontements qui reviennent régulièrement. Crises sociales, crises politiques, crises économiques font apparaître des failles, des béances où s'engouffre de la violence ouverte, où se fait jour la fragilité du tissu social. Ces crises peuvent être, dans certains cas, l'occasion de prises de distances collectives par rapport à la logique sociale du capital, mais il est aussi fort possible qu'elles fraient la voie à des développements contre-révolutionnaires au nom du retour à un passé plus ou moins mythique. C'est qu'en effet le rapport social capitaliste est le lieu de temporalités décalées les unes par rapport aux autres, de groupes vivant leur historicité à des rythmes très différents et selon des schémas d'interprétation divergents. La contemporanéité, comme l'a très bien vu Ernst Bloch dans Héritage de ce temps, est faite de dé-synchronisations : le capital ne rompt jamais totalement avec les formes sociales passées, il se les assimile en les déformant. Plus précisément, il transforme ses antécédents historiques en éléments de son propre fonctionnement. II est capable d'utiliser, aussi bien la grande propriété nobiliaire, des formes de salariat à la limite du servage que les rémanences du patriarcat, etc.

Au fond il est à l'aise avec ces archaïsmes modernisés, parce qu'il les domine de sa temporalité et de sa dynamique. Il sait qu'ils ne dis¬posent pas des moyens cognitifs nécessaires pour saisir leur situation et que les agencements capitalistes ne leur sont pas pleinement lisibles et visibles. Ces effets du passéisme, de nostalgie du passé sont d'autant plus forts que les groupes sociaux les plus directement travaillés par la modernisation capitaliste ont eux-mêmes du mal à ne pas s'accrocher à des identités sociales et professionnelles dépassées lorsque les rapports de travail changent très rapidement. Le bouleversement des mondes sociaux familiers suscite de la désorientation, des aspirations au retour à l’étât de choses ancien et par conséquent des demandes d'ordre contre ce qui apparaît comme de la perturbation et du désordre. Les couches les plus désespérées (souvent les moins politisées) qui n'arrivent pas à s'expliquer ce qui les menace et les atteint peuvent très vite passer de la prostration à la rage et au ressentiment. Elles peuvent donc être gagnées par ceux qui leur proposent des ennemis mythiques comme auteurs de leur misère et le retour à la normalité par l'établissement d'un régime d'exception.

Sur de telles bases, la normalisation que les nazis ont mise en vigueur ne pouvait être que délirante. Délire d'un régime d'exception qui pour se reproduire comme régime d'exception doit sans cesse faire monter les enchères et recréer l'ennemi mythique comme danger mortel (la « conspiration juive »). Délire d'une mise en scène grandiloquente de la politique comme combat qui masque la disparition de tout débat politique et l'absence de toute véritable régularité dans le fonctionnement des institutions. Délire des objectifs d'assainissement de la race qui ne peuvent être atteints que par l'assujettissement, voire l'anéantissement de peuples entiers et de minorités comme les homosexuels, les handicapés physiques et mentaux. Délire d'une stratégie guerrière qui veut la victoire totale ou la défaite irrémédiable. Pourtant on aurait tort de croire que ces constructions sont purement fantasmatiques. Elles embrayent au contraire sur des processus bien réels de réajustement des rapports de pouvoir et des hiérarchies sociales. Des sans-grade, des déclassés, des sans-emploi accèdent en grand nombre à des positions de pouvoir avec la volonté de les conserver et de les aménager. Au contraire, les interdictions et les discriminations qui frappent les juifs, les arrestations et l'enfermement en camps de concentration des communistes, des sociaux-démocrates et des syndicalistes, dès 1933, montrent avec une clarté aveuglante que les ennemis du national-socialisme ne peuvent que se retrouver au ban de la société, sans aucun droit à la vie. Quelque temps après l'assassinat massif de malades mentaux et d'asociaux vient faire la démonstration que les vies inutiles doivent disparaître. Autrement dit, chacun ne peut avoir droit à l'existence que s'il est un matériau utile, que s'il est un travailleur et un soldat au service du Führer.

On parvient par là au niveau supérieur, extrême de ce que Foucault dans II faut défendre la société appelle la biorégulation étatique. II ne s'agit plus seulement, à ce stade d'une régulation de la natalité, de la santé, de la morbidité, c'est-à-dire d'une politique du faire vivre et du laisser mourir, mais bien d'une orientation vers le massacre collectif et la précarisation de la vie. Chacun dans l'Allemagne national-socialiste doit accepter et même vouloir la mort de l'autre, des autres, et considérer qu'il n'est qu'un vivant en sursis, le titulaire d'une existence qu'il ne possède pas. Chacun doit être potentiellement bourreau et victime à la fois, la haine de l'autre se conjuguant avec le mépris de soi-même. L'autre est ma mort et je suis la sienne : la mise au rebut est en ce sens la première loi sociale. L'individu ne possède plus sa capacité d'agir et sa force de travail : il n'est plus que force de travail et capacité de tuer dans le déni de l'humain. Il est par suite inévitable que la biorégulation devienne mort industrielle, violence meurtrière omniprésente. Les chambres à gaz, les fours crématoires ne doivent pas seulement anéantir des existences, ils doivent aussi anéantir symboliquement ce dont les juifs étaient porteurs dans la culture germanique, l'altérité et la non-conformité.

Cette réalité du système nazi ne s'est mise en place que progressivement, mais elle est suffisamment prégnante dès le début pour que les réactions de beaucoup d'Allemands soient ambivalentes. L'adhésion totale, inconditionnelle au régime n'est sans doute pas majoritaire, il y a beaucoup plus d'adhésions partielles, réservées sur tel ou tel point de la politique du pouvoir. La politique antijuive ne suscite en particulier aucun enthousiasme, même si les mesures pour l'émigration forcée des juifs sont admises comme une sorte de moindre mal. Les pogroms et les incendies de la Nuit de cristal en 1938 ne sont en aucun cas spontanés, mais le fait d'appareils nazis (particulièrement des cliques autour de Goebbels). Cette passivité relative évidemment intolérable pour les dirigeants nazis et ne pouvait que les pousser à aller plus loin dans le crime et y faire participer de plus en plus d'Allemands ordinaires (que l'on songe à tous ceux qui ont eu connaissance du transport de juifs vers les camps de la mort). En même temps les nazis ont eu recours à une politique d'euphémisation de l’horreur en masquant certains phénomènes, en utilisant un vocabulaire volontairement atténué pour parler de l’insuportable. Cela a permis à de nombreux Allemands de faire comme si rien ne se passait et cela d'autant plus facilement qu'il n'était pas possible de parler avec d’autres des camps de la mort (la délation était toujours à craindre). De plus le régime tolérait dans de nombreux cas que des hommes et des femmes se creusent des petites niches dans le système (vie privée, famille, relations d’amitié). A côté de la normalisation délirante, il pouvait y avoir une infra-normalité propice au refoulement et à l’oubli.

Ce qui était essentiel pour Hitler et les nazis, c'était que les Allemands ne puissent pas penser vraiment la « solution finale » et en saisir toute la portée et toute l'horreur. La mise à mort industrielle devait être transmuée en lutte à mort, en une joute mythique et déréalisante entre deux protagonistes planétaires. Il devait bien y avoir une certaine présence, menaçante et obsédante, de la « solution finale », mais une présence que l’on essayait de mettre de côté sans pouvoir totalement l'ignorer, lancinante comme un refoulé qui ne peut être complètement refoulé. Dans ce domaine, Hitler et les nazis ont mené à un plus haut degré de perfection la proscription de la pensée qu'ils ont commencé à mettre en œuvre dès les années 20 : la Weltanschauung et le programme nazi ne procèdent pas par argumentations, mais par dénonciations et menaces. Il ne s'agit pas pour Hitler, lorsqu'il s'adresse aux masses, de les aider à surmonter leur situation en éclairant origines et causes de leurs difficultés, il s'agit au contraire de flatter leurs prédispositions les plus régressives, par exemple à chercher des victimes expiatoires et des raccourcis vers le salut ! Bien évidemment, après la prise de pouvoir le régime n'a pas pu se passer d'activités intellectuelles, il les a néanmoins obligées de se dérouler à l'ombre des mythes-abstractions de sa Weltanschauung, constituant autant de tabous à ne pas transgresser. Les activités scientifiques (et leurs applications technologiques) ont été exaltées comme des armes dans la lutte pour assurer la victoire de la germanité. Les autres activités ont été mises sous surveillance dans des zones réservées où l'on tolérait certaines formes d'apolitisme et d'émigration intérieure, en réalité d'autocensure ou d'automutilation, ce qui renforçait d'autant la dégradation et l'abaissement de la culture entraînés par les interdits.

Ces tendances régressives sont parfaitement symbolisées par l'évolution de la langue, par son appauvrissement sémantique et syntaxique comme l'a brillamment montré Viktor Klemperer dans LTI (la langue du 3e Reich). L'allemand écrit et parlé perd une grande partie de ses qualités, de sa capacité à différencier, à s'enrichir symboliquement, à multiplier les échanges sociaux. Il devient de plus en plus un langage de l'assertion brutale, de l'injonction ; de la condamnation et de la simplification infantilisante. Il pousse à ne plus penser ou plus exactement à ne penser qu'à l'aide de stéréotypes, de raisonnements routiniers et de catégories rigides. Pour beaucoup de couches de la société il devient très difficile, sinon impossible, d'analyser une conjoncture, des tendances d'évolution et d'anticiper l'événement. Dans ces conditions, la capacité d'agir des individus s'appauvrit, s'oriente vers la répétition, vers une sorte d'activisme passif dans tout ce qui va au-delà de la vie privée. L'action collective est de moins en moins liée à des initiatives venant d'en bas, elle prend de plus en plus la forme de l'action collective militarisée. Il ne faut plus penser l'action, il faut la subir comme on subit la propagande. On est ainsi face à une décérébration sociale qui renforce encore des tendances à l'œuvre dans les rapports sociaux capitalistes : à savoir l'humilité soumise de la pensée face aux mouvements abstraits et menaçants du capital et de la valorisation. On peut d'ailleurs constater que la machinerie national-socialiste ne s'est pas substituée à la machinerie capitaliste, mais s'est surimposée à cette dernière en cherchant à majorer son efficacité déshumanisante.

Tout cela doit faire comprendre que le nazisme n'est pas un accident de l'histoire, mais l'actualisation de virtualités propres à la société capitaliste. Il a été accueilli avec faveur lors de ses débuts et a trouvé des partisans dans une grande partie de l'Europe, notamment dans la France de Vichy qui a participé avec beaucoup de zèle à la solution finale. Il est donc faux d'en faire une affaire purement allemande qui appartiendrait au passé, parce que l'Allemagne est aujourd'hui une démocratie et qu'il existe l'État d'Israël (c'est de façon significative la position de Daniel Goldhagen). Comme le dit Adorno dans la Dialectique négative, il y a un avant et un après Auschwitz. On ne peut pas faire comme si la catastrophe n'avait pas eu lieu, comme si une nouvelle forme de barbarie n'était pas apparue : l'administration de la mort à des hommes réduits à l'état d'exemplaires. On ne peut pas faire comme si les dégâts infligés aux survivants et aux nouvelles générations n'étaient pas immenses. Il n'y a pas comme le prétend le chancelier Helmut Kohl de grâce particulière pour ceux qui sont nés après Auschwitz ou étaient trop jeunes pour vivre la période consciemment, tout simplement parce qu'ils sont comme les générations précédentes face à une occurrence historique impensée en fonction des obstacles qu'on rencontre toujours pour la penser. On sait maintenant beaucoup de choses sur le régime national-socialiste, sur son fonctionnement chaotique, sur son aventurisme et son écroulement final. On ne peut pas pour autant affirmer que l'on comprend en profondeur, mieux que les acteurs d'alors, le déchaînement de la barbarie nazie.

Beaucoup sont portés à croire que l'essentiel est de faire un travail de mémoire et de deuil contre toutes les tendances au refoulement indéniablement présentes dans les sociétés occidentales. Mais n'est-ce pas réduire la question à sa dimension morale, à la culpabilité individuelle et collective ? Hannah Arendt a déjà souligné dans son Eichmann à Jérusalem qu'évoquer la culpabilité absolue des bourreaux et de leurs complices face à l'innocence absolue des victimes c'était finalement s'en tenir à des abstractions vides. A partir de telles prémisses, on est effectivement incapable de se demander quels mécanismes sociaux doivent être combattus pour empêcher que par une sorte de compulsion de répétition des phénomènes du même ordre puissent se reproduire. C'est pourquoi au-delà du travail de mémoire (qu'il n'est pas question de rejeter) il faut un retour autocritique sur la façon dont ont été pensés la modernité capitaliste, mais aussi l'anticapitalisme. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils ont été largement pensés avec des instruments empruntés à la conceptualité propre à la société capita¬liste. L'économisme profond de la société capitaliste en particulier n'a pas été saisi comme un problème fondamental, comme quelque chose à déchiffrer et à démontrer dans sa complexité. Tout au contraire, les courants critiques ont eu tendance à concentrer leur attention sur les défaillances supposées de la dynamique économique capitaliste et à en faire l'élément essentiel de la crise du système social et donc de son dépassement. Le socialisme devenait planification, organisation contre l'anarchie de la production et relevait ainsi, lui aussi, de l'économie.

Il est vrai que le mouvement ouvrier de la fin du siècle dernier a mis à l'ordre du jour une thématique de l'égalité sociale et plus secondairement une thématique de la fin des discriminations (entre races et sexes). Mais cela ne reposait sur aucune analyse sérieuse des rapports sociaux et de leurs potentialités destructrices. On ne s'interrogeait pas sur la production et la reproduction de la violence dans les relations entre les groupes sociaux, entre les générations, entre les sexes et entre les individus. On se laissait aller à croire que des effets de civilisation devaient peu à peu s'étendre un peu partout. Certains socia¬listes sont même allés jusqu'à vanter les vertus civilisatrices de la colonisation (sans ignorer pour autant la brutalité des colonisateurs). Des inquiétudes se sont bien fait jour lors de la montée de l’antisémitisme au moment de l'affaire Dreyfus, mais on a en général sous-estimé la nouveauté et la portée de ces phénomènes. Friedrich Engels traduisait un état d'esprit général en qualifiant l'antisémitisme de « socialisme féodal » ce qui laissait sous-entendre qu'on était face à un anticapitalisme dévié et déformé par des préjugés du passé et non face à des mouvements de révolte, sans perspectives et impuissants mais à la recherche d'exutoires immédiats et prêts à pratiquer de nouvelles formes de barbarie. Le mouvement ouvrier d'alors voulait se persua¬der à bon compte que les masses trompées par des démagogues finiraient par prendre conscience de leurs véritables intérêts grâce à l'activité éclairée et éclairante des organisations ouvrières (politiques et syndicales).

Cette problématique de la prise de conscience postulait en fait l'existence d'individus en pleine possession d'eux-mêmes, exempts de réactions ambivalentes et immunisés contre les tentations du ressentiment et de l'agressivité sans objet précis. Or, la réalité ne correspond pas du tout à ces vues : les individus, lorsqu'ils sont exploités et dominés, n'ont pas à leur disposition toutes les ressources nécessaires pour se retrouver dans leur situation. Dans leurs combats pour leur survie physique et psychique ils sont portés à réagir en fonction de schémas d'interprétation de la réalité qui sont loin d'être adéquats. La production symbolique des groupes et des individus opprimés se manifeste souvent sous la forme de sous-cultures de la révolte, mais aussi fréquemment sous la forme de sous-cultures de l'authenticité passive et de l'adaptation ou encore de l'exorcisme de dangers mythifiés. C'est pourquoi la participation de larges masses à des actions collectives ne se fait pas toujours dans la clarté, loin de là, mais au contraire dans l'équivoque et le malentendu. Les modalités d'adhésion aux mouvements sociaux et politiques, dans leur diversité, véhiculent beaucoup d'ambiguïtés et de contradictions. Les raisons de participer des uns ne sont pas celles des autres, et les objectifs proclamés ne peuvent avoir la même signification pour tous, pour les organisateurs et les organisés par exemple. Les actions sont construites avec des matériaux hétéroclites qu'on ne peut combiner pour en faire des ensembles cohérents à la portée politique univoque. Des composantes réactionnaires, tournées vers la réaffirmation de traditions plus ou moins mythiques, peuvent voisiner avec la recherche d'orientations concrètes pour dépasser l'ordre existant. Cela est en grande partie masqué par l'unité superposée aux investissements symboliques des individus et des groupes sociaux par les grandes organisations bureaucratiques, leurs mots d'ordre et leurs rituels. Il y a en quelque sorte absorption des investissements singuliers par une production symbolique globalisante qui établit par là des liaisons entre les individus, les institutions et la politique institutionnalisée.

Une telle alchimie de l'action collective est évidemment peu propice à l'apparition de pratiques nouvelles et l'éclosion d'une dynamique transformée des relations interindividuelles (enrichissement des échanges, dépassement progressif de la concurrence). Les liens de solidarité qui peuvent s'établir à l'occasion des actions revendicatives sont ténus et fragiles et la solidarité administrée par les syndicats et les institutions chargées du salaire indirect restent dans les limites de ce qui est compatible avec l'accumulation du capital. Il y a, certes, des moments privilégiés (grèves massives, création d'organismes de lutte démocratiques) où se produisent des ruptures par rapport aux routines sociales, mais les retombées sont rapides. Même si la mémoire collective conserve des traces de la mise en parenthèses de certaines contraintes et pesan¬teurs sociales, le retour à la normale est inévitable, parce que la découverte de nouvelles perspectives reste embryonnaire. On sent bien qu'un autre monde est possible, on entrevoit même certaines des formes qu'il peut prendre. Pourtant, on reste prisonnier, non seulement de la matérialité des rapports sociaux, mais d'un imaginaire social et de constructions symboliques marqués par la dynamique de la valorisation-dévalorisation. Pour qu'il en soit autrement, il faudrait en réalité que l'action collective soit elle-même envisagée comme un problème fondamental, comme ensemble de pratiques à changer et à soustraire à la force des habitudes. Les actions collectives conçues dans cet esprit pourraient ainsi devenir authentiquement transformatrices et porteuses de nouvelles relations sociales. Mais, précisément, comme le problème n'a jamais été véritablement posé, les actions collectives s'enferment toujours dans la redondance, dans le redoublement des vieilles pratiques alors même qu'elles croient apporter du nouveau. Les formes de mobilisation, même lorsqu'elles se veulent démocratiques, n'arrivent pas à rompre avec le ressentiment, les projections phobiques contre les groupes minoritaires, les processus d'identification et d'attachement inconditionnel à des chefs au nom du dépassement des divisions et de l'union des volontés.

Il n'est au fond guère étonnant que le mouvement ouvrier ait été si friand des métaphores militaires pour parler des actions collectives (seraient-elles seulement des campagnes électorales). Cela masquait et justifiait en même temps les aspects bureaucratiques des actions collectives et leurs ambivalences par rapport aux objectifs proclamés. Il ne s'agissait pas de mieux connaître des situations et des relations grâce à l'action, il ne s'agissait pas de mettre en branle des processus aboutissant à l'établissement de nouveaux liens sociaux et à la construction de nouveaux échanges symboliques. Il était avant tout question de marquer des points dans les luttes pour se positionner dans des appareils et des dispositifs de pouvoir. Il importait donc assez peu que le mode d'agrégation des individus fasse appel à des mécanismes aveugles : l'essentiel était d'obtenir des soutiens. De toute évidence, on se préoccupait assez peu dans le mouvement ouvrier organisé de tout ce qui pouvait excéder, déborder l'enfermement des individus dans les rapports capitalistes, c'est-à-dire des écarts, des décalages réels dans les conduites et les comportements qui allaient au-delà de l'individualisme possessif. De cette façon les forces qui se voulaient subjectivement contestatrices de l'ordre social ne pouvaient se donner les moyens de lire et de comprendre autrement la dynamique de la société, en disqualifiant les mécanismes de la valorisation en vue de promouvoir d'autres pratiques. Il leur manquait un principe d'intelligibilité pour se guider dans le dédale des rapports sociaux, pour en déceler les potentialités négatives et leurs conditions d'actualisation, mais pour en saisir aussi les potentialités créatrices. Cette incapacité à pénétrer la compacité et l'opacité de la normalité quotidienne du capitalisme devait inévitablement produire de l'incompréhension et de l'aveuglement politique face aux mouvements réactionnaires de masse et aux han¬tises identitaires.

Face au nazisme, socialistes, communistes, syndicalistes vont de fait se bercer d'illusions sur ce que sont les enjeux véritables. Le plus souvent ils veulent considérer l'antisémitisme et le racisme comme des éléments secondaires dans la politique nazie, ils tendent d'ailleurs de la ramener à la politique du fascisme italien. L'antisémitisme des nazis est perçu surtout comme un héritage du passé, comme une sorte de marotte qui ne peut jouer qu'un rôle secondaire. Il n'est pas analysé comme l'élément central d'une politique qui veut mettre la société en état de siège. Lors de son 7e congrès (1935), l'Internationale communiste assène de façon significative que la dictature nazie est la dictature des éléments les plus réactionnaires et les plus chauvins du capitalisme monopoliste, ce qui est réduire le nouveau pouvoir à une sorte d'agence au service du capital au lieu d'en faire une dictature inédite, appuyée sur une mobilisation massive à tendances totalitaires. Socialistes et communistes, malgré leurs divergences, se retrouvent en fait dans leur refus de concevoir le nazisme comme une lame de fond venant des rapports sociaux et des abîmes qu'ils recèlent, lame qui pourtant réarticule en profondeur les relations de pouvoir et les dispositifs d'État. Ceux qui sont les plus lucides insistent sur la déstabilisation de la petite bourgeoisie sous les coups de la crise économique de 1929 et sur la démagogie national-socialiste, mais ils laissent dans l'ombre la longue genèse de cette réaction extrême (cf. la montée de l'antisémitisme dans l'Europe du 19e siècle). À quelques exceptions près, les théoriciens du mouvement ouvrier sous-estiment en conséquence la durabilité du nazisme, et les dégâts qu'il est susceptible de causer dans le tissu social et l'univers symbolique de très nombreuses couches. Ils le pensent comme quelque chose de passager qui n'est pas appelé à laisser beaucoup de traces, même s'il peut faire beaucoup de victimes. Pour eux, la victoire du nazisme n'est pas une césure fondamentale dans l'histoire contemporaine qui remet en question une grande partie de la culture du mouvement ouvrier, la croyance dans le progrès, l'évolutionnisme optimiste, la possession du sens de l'histoire.

Faut-il en déduire que la montée du nazisme et son triomphe face à la gauche étaient inévitables ? On ne refait pas l'histoire, mais il est légitime de se demander si la paralysie des socialistes et des communistes relevait bien d'un déterminisme historique rigide. Quand on se souvient que des dirigeants certes minoritaires dans le mouvement ouvrier ont analysé avec beaucoup d'acuité les processus politiques conduisant à la prise de pouvoir d'Hitler, on peut se dire que tout cela n'avait rien d'irrésistible. Léon Trotski, August Thalheimer, Otto Bauer ont montré, chacun à sa manière, qu'un front unique entre socialistes et communistes aurait pu avoir des effets très sensibles sur le contexte politique et le rapport des forces avec les nazis. Sans doute l'unité ne pouvait-elle, par elle-même, résoudre tous les problèmes, mais elle pouvait commencer à corroder et à ébranler l'attitude profondément nihiliste et quiétiste des principales organisations de gauche. Les communistes s'étaient habitués à des dénonciations rituelles de la social-démocratie, caractérisée comme le principal rempart de l'ordre social capitaliste, juste avant sa chute imminente. Les socialistes et la majorité des dirigeants syndicaux, quant à eux, s'enfermaient dans une politique du « moindre mal » (tolérer des gouvernements conservateurs pour éviter le pire) qui entretenait leur propre passivité. Dans l'un et l'autre cas on s'en remettait à des fictions politiques – l'attente de l'irrésistible montée révolutionnaire d'un côté, la croyance aveugle dans les capacités de résistance de forces conservatrices pourtant travaillées par des tendances antidémocratiques, de l'autre côté. Par contre, un front unique, établi sur des bases démocratiques (confrontations sur les objectifs et les modalités de l'action) aurait inévitablement entraîné une mise en question de toute une série de mythes politiques (le caractère « scientifique » des politiques suivies, la sagesse des dirigeants, leur sens politique, etc.) et mis à l'ordre du jour des pratiques politiques plus combatives, plus soucieuses de frapper juste et de délier des énergies nombreuses. On serait allé, en suivant cette direction, vers une politique de dé-normalisation faisant fond sur un refoulé essentiel, c'est-à-dire tout ce qui excède et dérange l'ordre normalisant du rapport social. C'est pourquoi on ne peut s'étonner outre mesure que les dirigeants du mouvement ouvrier aient refusé obstinément, jusqu'en janvier 1933, toute politique unitaire : elle avait pour eux des implications trop déstabilisantes.

En ce sens, il n'y a pas effectivement de déterminisme historique dans ce chemin à la catastrophe, il y a des conduites aveugles, des visions faussées sur les affrontements politiques et sociaux qui viennent de loin et d'une incompréhension récurrente de ce qui se passe réellement dans les processus sociaux et politiques. Même après l'installation au pouvoir des nazis, on retrouve une cécité de cet ordre dans les politiques du front populaire et dans les politiques antifascistes. Dans beaucoup de pays, les dirigeants du mouvement ouvrier renoncent aux excommunications réciproques et acceptent de nouer des alliances, mais ils ne cherchent pas à prolonger les dynamiques unitaires à la base, à leur donner plus de force et à s'en servir pour renouveler leurs propres perspectives. Au contraire, l'antifascisme est conçu comme un moyen d'établir ou de rétablir des positions dans le jeu politique habituel (ce qui pour les communistes veut dire aussi tenir compte des rapports diplomatiques complexes de l'Union soviétique). Un tel antifascisme est, par la force des choses, inopérant en Allemagne, notamment parce qu'il n'arrive pas à saisir les modalités d'enracine¬ment et de renforcement du régime. La propagande antifasciste met l'accent sur les brutalités des SA, sur l'ampleur des arrestations, sur la destruction des libertés, etc. Elle laisse largement dans l'ombre la signification des premières mesures antisémites qui s'inscrivent dans la logique d'une Allemagne judenrein, c'est-à-dire sans juifs, et dans une logique de colonisation à l'échelle européenne (au nom de la défense de la race). Un moment ébranlée par le pacte germano-soviétique, la politique antifasciste qui occulte ce moment essentiel du 20e siècle, la culmination de la barbarie raciste présente dans les rapports sociaux, va reprendre de plus belle sous l'égide de la grande alliance entre les Occidentaux et l'Union soviétique. N'est-il pas significatif qu'on ne commence à se préoccuper en Occident du massacre industrialisé des juifs qu'en 1944, c'est-à-dire trois ans après le commencement de la « solution finale » ?

À l'issue de la deuxième guerre mondiale, on découvre l'ampleur des crimes commis par le régime nazi, en particulier contre les juifs d'Europe. Pourtant rares sont ceux qui attribuent une place centrale à l'Holocauste, comme pierre angulaire de la stratégie et de la politique nazies. Les politiques antifascistes qui dominent l'immédiat après-guerre affirment bien qu'il faut tout faire pour empêcher que de pareils événements ne se reproduisent. Elles ne cherchent pas à prendre le mal à la racine, dans la violence des relations sociales, dans la fragilité de la politique minée par l’économisme, dans les hostilités identitaires, dans les fourvoiements de l'action collective. À gauche on ne parle pas des menaces de barbarie moderne présentes dans la dynamique sociale et politique du capitalisme ; on dénonce, à partir d'analyses superficielles, la malfaisance des monopoles. Très vite, surtout à cause de la guerre froide, la tendance est de passer à l'ordre du jour, tout en procédant régulièrement à des commémorations rhétoriques des victimes. Dans les pays à démocratie parlementaire, l'antisémitisme est officiellement proscrit et souvent poursuivi lorsqu'il s'exprime trop ouvertement. On ne peut pas dire pour autant qu'il soit véritablement compris et analysé dans toutes ses dimensions. On l'a déjà vu, il est la plupart du temps décrit comme un préjugé, ce qui n'est pas faux, mais, quand on s'arrête là, on occulte le fait qu'il est plus encore, le principe organisateur d'un monde symbolique rigide, dichotomique, partagé entre amis et ennemis et fermé à des vues différenciées sur la société. On ne peut s'expliquer autrement qu'il réapparaisse périodiquement au grand jour, malgré la réprobation morale dont il fait l'objet. Il peut même se manifester avec vigueur dans des pays (comme l'ex-RDA) où la population juive est tout à fait limitée. Si un Jean-Marie Le Pen peut déclarer que les chambres à gaz et les fours crématoires sont un « détail », ce n'est pas seulement par goût de la provocation, c'est aussi parce que les victimes concrètes, de chair et d'os, sont l'accessoire (une sorte d'accident dû à la frénésie d'Hitler) par rapport à l'essen¬tiel, le rôle de la « juiverie internationale » dans la structuration de ses explications du monde. Pour lui, l'élément juif est toujours le premier facteur de désagrégation de la nation, celui qui ouvre la voie à l'État cosmopolite de l'époque de la mondialisation (et de l'immigration).

Face à cette réalité l'antiracisme de la gauche et de l'extrême gauche ne dépasse guère le stade de l'universalisme et de l'humanisme abstraits. Il est en partie inopérant, même lorsqu'il s'accompagne d'une critique des inégalités et des injustices sociales, parce qu'il ne s'attaque pas aux schémas d'interprétation de la réalité propres à l'antisémitisme et au racisme, et surtout parce qu'il ne dérange pas les dispositifs cognitifs qui permettent à ces schémas d'interprétation de se perpétuer. Les connaissances que l'on a du monde et de la société sont produites socialement, à travers des échanges qui ne sont pas neutres, mais des occasions d'affrontements sur ce qui peut être retenu comme connaissances vraies. En ce sens, le rapport social de connaissance est constitué aussi bien de savoirs explicites reconnus que de savoirs refoulés, latents et informulés. D'une certaine façon, les connaissances estampillées s'insèrent dans une dynamique de pouvoir, cognitif-culturel, qui empêche des couches entières de la société d'articuler leurs expériences, qui les enferme dans la non-expression de ce qu'elles subissent, les condamnant ainsi à des comportements réactifs irraisonnés, terrain fertile pour la prolifération de méconnaissances sur le social. De ce point de vue, Daniel Goldhagen n'a pas tort de s'interroger sur les structures cognitives qui ont porté l'antisémitisme nazi. Son tort est de ne pas voir que ces structures ne sont pas le fruit d'évolutions linéaires, mais se cristallisent dans des conjonctures bien précises où interviennent une multiplicité de facteurs (économiques, sociaux, politiques, culturels) qui ne sont jamais immobiles. Le travail cognitif sur les projections phobiques qui visent l'altérité culturelle et sociale varie suivant les situations et les couches de la société. Ce sont souvent les strates dominées les plus aisées, mais dont les positions et le poids dans la dynamique sont menacées, qui élaborent ou réélaborent les schémas d'interprétation de type antisémite et raciste. Ils pénètrent ensuite les couches les plus défavorisées par contamination pour des raisons bien précises, effondrement de sous-cultures jusqu'alors solides, dégradation de l'emploi salarié et des conditions de vie, perte de confiance dans le jeu des institutions, etc. Dans un climat de désespérance sociale il se produit alors une sorte de contre-travail cognitif, le remplacement d'instruments relativement souples de connaissance, capables d'aider à penser de façon différenciée, par un appareillage catégoriel rigide et simplificateur, fait pour justifier la discrimination, l'agression et au bout du compte la destruction.

La lutte contre la barbarie antisémite et raciste est en conséquence une lutte pour l'intelligibilité des rapports inter-humains (inter-individuels, sociaux), intelligibilité qui n'est jamais donnée une fois pour toutes, parce qu'elle est une conquête de tous les instants. Il s'agit de démentir un fin connaisseur de la matière, Hitler, qui écrivait dans Mein Kampf :

« L'intelligence politique de la masse n'est pas assez développée pour parvenir d'elle-même à des conceptions politiques générales et précises et pour trouver elle-même les hommes qui seraient capables de les faire aboutir [2] . »

II ne suffit pas de combattre les idéologies antisémites et racistes en montrant leur caractère meurtrier, il faut montrer qu'elles participent de mécanismes de décérébration collective à l'œuvre en permanence dans la société, mécanismes qu'elles poussent à l'extrême limite. Hitler était un grand théoricien et un grand praticien de la propagande, c'est-à-dire du pouvoir médiatique. Il avait saisi que l'efficacité des médias tient moins dans leur capacité à inculquer et à manipuler que dans leur capacité à occuper le terrain, à rendre impossibles des rapprochements ou des liaisons entre certains phénomènes pour empêcher qu'on puisse se les représenter. C'est dire que le combat pour une intelligence politique collective (pour reprendre la terminologie d'Hitler) est entre autres un combat pour desserrer l'étreinte des dispositifs médiatiques et leur opposer des dispositifs de production et de diffusion de nouvelles représentations. La tâche peut sembler insurmontable, sauf si l'on veut bien se souvenir que le pouvoir médiatique tire une grande partie de sa force de l'anti-intellectualisme soigneusement distillé par la marchandisation de la production des connaissances. Du haut en bas de la société, on est habitué à considérer que l'intelligence est un moyen de s'affirmer contre les autres dans la concurrence. Cela aboutit précisément à dévaloriser l'intelligence comme travail sur des valeurs universelles (non marchandes), comme recherche de rapports sociaux plus satisfaisants. Ceux qui se consacrent à de telles occupations, les intellectuels universalistes, sont perçus ou comme des idéalistes incorrigibles ou comme des cyniques qui sont chargés de répandre des illusions en se faisant les propagateurs de grands principes inopérants.

Ce mépris de l'intelligence est en partie masqué par le culte qui est rendu à la science, à une science qui n'a pas à s'inquiéter de ce que veulent ses commanditaires, ni de l'impact de ses activités et de ses résultats, parce qu'elle est porteuse de progrès techniques et d'une plus grande maîtrise des processus naturels. Ce culte qui fait de la science une sorte de magie (les pouvoirs de la science deviennent mythiques) a toutefois son revers. Les zélateurs de la science sont nombreux à découvrir, à un moment ou à un autre, que leur dieu est un faux dieu, une idole. Ils s'aperçoivent que la science a des effets pervers et que le progrès technique fait beaucoup de dégâts. Mais au lieu de se demander si d'autres pratiques scientifiques sont possibles ils partent à la quête de nouvelles idoles (de la théosophie, aux doctrines de type « New Age » en passant par le spiritisme). Dans l'ombre du capital, c'est en fait la haine de l'intelligence qui prolifère et il est clair, qu'une réaction massive ciblée contre cette pathologie sociale pourrait avoir des conséquences incalculables en mettant à mal de nombreux agencements et dispositifs sociaux. Il y a, bien sûr, un obstacle de poids à franchir, celui de la complexité : tout le monde ne peut pas tout savoir et il faut bien s'en remettre à quelques-uns pour démêler les aspects techniques de certains problèmes. Pour autant il n'est pas besoin de s'en remettre totalement aux experts et à l'expertise. Si les savoirs ne sont pas utilisés de façon monopolistique et particulariste (pour la valo¬risation du capital et les privilèges d'une minorité), mais au contraire largement diffusés, il devient alors possible d'en tester la portée et d'en mesurer les conséquences sur la société et son environnement. L'intelligence collective, quant au fond, n'est pas séparable des confronta¬tions et élaborations collectives sur le sens à trouver dans les pratiques sociales et individuelles.

On touche là du doigt le fait que l'intelligence collective et l'intelligibilité du social ne peuvent se passer d'une dimension éthique qui doit très clairement se manifester par la mise en question de la marchandisation des rapports humains et de l'universalisme en trompe l'œil des morales religieuses et laïques. Il faut notamment que la reconnaissance de l'autre puisse ne plus se présenter comme un impératif moral ou comme une occasion de se valoriser, mais comme la reconnaissance des potentialités très riches de relations réciproques et dialogiques. On peut d'ailleurs ajouter que pour mettre fin à l'unidimensionnalité des structures cognitives et à leur fermeture sur elles-mêmes, il faut mettre en lumière pour la critiquer leur dépendance par rapport à des éthiques et des esthétiques implicites. Dans le cas du nazisme, il y a derrière l'idéologie de la pureté de la race (et de son apparition) une éthique implicite de la jouissance dans la mort, la destruction et l’autodestruction, et une esthétique complémentaire de la mise en scène apocalyptique, toutes deux nées sur le terreau nourricier de la dynamique de valorisation-dévalorisation propre au capitalisme. Comme le disait Max Horkheimer, quiconque refuse de parler du capitalisme ne peut comprendre l'antisémitisme, ce qui veut dire aussi que si l'on se donne les moyens de mieux comprendre nazisme et antisémitisme, on comprendra mieux le capitalisme et par contrecoup la crise récurrente du mouvement révolutionnaire depuis des décennies.


NOTES

[1] La Shoah est explicable. Pour autant elle n'est pas dicible ou représentable. En ce sens les critiques de Claude Lanzmann à La Liste de Schindler de Spielberg portent juste.
[2] Cite par Alan Bullock in Hitler et Staline, vies parallèles, Albin Michel, Robert Laffont, Paris, 1994, tome 1, p. 82.


De Horkheimer et Adorno : Eléments de l'antisémitisme - Limites de la Raison (extraits)
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loulie



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PostPosted: 01 Jul 2010 0:44    Post subject: Reply with quote


stune farce ?
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Jeuf



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PostPosted: 01 Jul 2010 8:14    Post subject: Reply with quote

Quote:
stune farce ?

Quoi donc, qui serait une farce?
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loulie



Joined: 12 Jan 2009
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PostPosted: 01 Jul 2010 17:54    Post subject: Reply with quote

expression québécoise ''stune farce'' est utilisée lorsqu'une chose n'est pas faite sérieusement , si difficile que ça à comprendre ?...
est-ce sérieux de nous copier-coller une telle tartine aussi longue sans aucune opinion personnelle ? quelle sorte de débat ça va donner tu crois ?


Le forum devient un ersatz médiatique intello-stérile ou bien on continue de ''tenter'' de penser par nous-mêmes ?

la décroissance du copiage-collage peut-être ? non ?
je parle chinois ? Clin d'oeil
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ktche



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PostPosted: 01 Jul 2010 21:57    Post subject: Reply with quote

stune farce ?
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bug-in



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PostPosted: 02 Jul 2010 0:10    Post subject: Reply with quote

Quelque part je partage un peu l'avis de loulie.
Pour moi, au stade ou en sont des discussions, je pense qu'on ne pourra pas se comprendre ni avancé sur le sujet (pour les non-initier) sans se rencontrer et se voir réellement.

Je sais je suis hors sujet.
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Guest






PostPosted: 02 Jul 2010 14:03    Post subject: Reply with quote

En tout cas, outre le copié-collé (qui mériterait une grande analyse, force de modification du monde bien plus importante que l'existence ou non de l'arme nucléaire à droite ou à gauche ou de savoir si l'Europe se fera à trente-douze ou à zéro), on peut noter chez cet auteur une volonté délibéré d'obscurcir son texte. Sur un sujet qui pourrait m'intéresser (je n'en suis pas sur, je n'ai pas compris le sujet) et pour lequel j'ai fait un effort de compréhension, j'ai lâché.
Ca fait un petit moment que je me dis de lancer un sujet "capitalisme et antisémitisme" ben si je le fait, celui-à ne me servira pas pour celui-ci, tant pis!



Dams
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skum



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PostPosted: 02 Jul 2010 19:52    Post subject: Reply with quote

01001 0 1 0111 00 100 1 0 1 0000 111 0 10 10 travail 0 1 00 10 010 10000 10 1 011111 01 01 0 1100 10 10 plombier polonais 01 011 00 1 0 1 111 00 111 000 11 00 1 000 1000 1111 00 11 chinois 0111 0 1 00 11 00 1 00 1 00 111 0011100 11 0 banquier 000 1 0 111 0 1 0 11 0 1 0 11 0000 01 0 1 11 00 1 00 111111 0 1 01 0000 100 1 0 10011 spéculateur 0111 00 1 00 11 0 1 00 111 000 11 0 rat 111 00111 00 11 000 00 111 000 111 00 00 11 000 0 11 00 111 00 0 0 1111 00011 01 0 10 10 10 1 0 10 1 01 0 1 0111 0 10 10 010 10 11 parasite 11 01 juif. Pardon pour mon pessimisme.
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bug-in



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PostPosted: 02 Jul 2010 23:48    Post subject: Reply with quote

Je ne comprend pas ton msg skum. Es ce de l'humour ?
Je pose la question, non par humour, mais parcequ'il m'est déjà arrivé de ne pas comprendre ce qui pour d'autres était de l'humour et ça a tourné au vignaire. (repose en paix fabinoo-contribuant-au-forum).

Je pense poser les questions autrement dans un topic. Ce sont des questions simples, qui je pense avaient déjà été actualisée par le genre littéraire des situationnistes :
Faut-il être un expert pour critiquer les experts ?
Quel niveau intellectuel de la population est il recquis pour qu'on espère qu'elle puisse participer a vos idées ?
Que pensez vous qu'il arrive quand un groupe de 10 personnes pense avoir de bonne idée et qu'elle nécessiterai de grand changement, mais qu'étant formulé dans un carcan jargonant, historique etc... les autres ne les comprennent pas.

C'est la que je partage largement les idées des pragmatiques.
Je propose a ceux que ça intéresse que l'on ne pollue pas plus ce fil, et qu'on en "parle" la :
http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?p=55672
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Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

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Kobayashi



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PostPosted: 03 Jul 2010 12:28    Post subject: Reply with quote

C'est vrai pour ceux que cela intéresserait (encore faut-il que cela intéresse sinon je vois pas pourquoi poster ici...) la wertkritik demande un effort important, de réflexion sur des textes souvent denses et avec des mots d’abord compliqués. J'essaye justement de travailler à un lexique qui soit une sorte de porte d'entrée. Pourtant, hormis certains textes denses et complexes qui sont proposés ici, certains d'entre nous avons déjà proposés ici des discussions à bâtons rompus, et si il y a des questions de base, un truc qui semble pas aller de soi, je veux bien tenter d'y répondre, ou alors comme bug-in tu proposes dans le style rencontre pourquoi pas organiser une rencontre à la librairie Scrupules (?). Je peux venir ou faire venir des gens qui construisent un exposé original avec après un long échange. Mais enfin, il y a quand même pas que des textes difficiles, il y a plein de textes de vulgarisation (même parfois trop simples) qui sont relayés ici et que l'on trouve ici http://palim-psao.over-blog.fr/categorie-11091772.html Y'a vraiment rien de compliqué !

Voici d'ailleurs un nouveau texte très très très pédagogique et qui conserve beaucoup l'oralité dans laquelle il a été exposé. On avait fait venir Gérard briche à bourges pour un café décroissant, d'expérience, je sais que c'est gérard qui s'exprime le plus clairement devant un auditoire divers et sans avoir de pré-requis pour suivre.

Texte de gérard http://palim-psao.over-blog.fr/article-guy-debord-et-le-concept-de-spectacle-sens-et-contre-sens-par-gerard-briche-53345609.html Enfin, ce sera limpide comme de l'eau claire !


Mais à la différence d'autres discours critiques, ce n'est pas parce qu'on est plus nombreux à comprendre et partager une critique, que ce geste même de compréhension/diffusion consiste en une pratique changeant le monde. Le dévoilement d’un fonctionnement social par le geste de la pensée, n’a pas du tout comme conséquence logique la fin du fonctionnement réel. La critique n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais ce n'est pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une " société idéale ". Certains pensent que le contenu d’une analyse se jauge à sa capacité propositionnelle (ça évite à la personne de comprendre le contenu d’une critique), celui qui demande cela, inconsciemment demande que le dépassement de la société marchande-capitaliste se fasse aussi sur le modèle bien ancré de l’achat/vente. La théorie critique n'est pas dans le rôle de vendeur prié de faire une offre garantissant un droit d'échange standard afin d'être consommée. « La théorie critique n’est pas une offre à proprement parler, mais un miroir de la connaissance de soi, une rage de comprendre, une ‘‘ invitation à la valse ’’ à l’issue incertaine » (Robert Kurz). Paradoxalement ce n’est pas une critique qui annonce des « jours qui chantent », comme le discours messianique traditionnel de la gauche, et des politiciens et des écologistes adeptent du « yaka-yaka ». Finalement, à l’encontre de l’image que peut avoir la wertkritik qui cherche à tout saisir en l’expliquant par des dimensions sociales et historiques totalisantes, il y a justement une certaine humilité de la théorie qui se refuse à dire ce qu’il suffirait de faire, un programme, des slogans faciles, des promesses (certes certains suggèrent des choses, mais il n’y a pas de lien logique entre la théorie critique et ses propositions – je pense à la question des machines).

La wertkritik accuse des formes sociales de vie, des formes de socialisation historiques, c'est-à-dire des médiations sociales non-naturelles (le travail comme forme sociale que prend spécifiquement que sous le capitalisme, le métabolisme avec la nature, et ensuite l'argent, le capital) d'être des formes sociales totalisantes qui nous obligent de rentrer en relation avec nous-mêmes et avec les autres, structurellement au travers d'elles, et en plus d'être des médiatons particulièrement abstraites et mutilantes, poussant les individus à une dépossession générale au profit d'une dynamique folle, abstraite, auto-destructrice, complètement impersonnelle et qui est le seul véritable Sujet historique produisant le monde et son (non)avenir. Dynamique dans laquelle les individus ne sont plus que de simples rouages. C'est même pas la faute première de méchants publicitaires, de vilains spéculateurs ou patrons, d'horribles multinationales, du grand loup Monsanto, c'est ni la faute de la droite ou des Juifs ou encore de ma grand-mère, etc, c'est la faute à des médiations sociales qui sont complètement naturalisées, qui paraissent naturelles et comme ayant toujours existées et qui sont jamais remis en cause par les divers courants critiques, et certainement pas hélas par les décroissants.

La critique de la valeur propose de sortir de ces médiations sociales où notamment le travail constitue structurellement les rapports socaux entre les humains. Le seul critère proposé vraiment par la wertkritik c'est qu'aucun medium (une activité qui permette en elle-même dans son effectuation de se rapporter aux autres : le travail aujourd’hui) fétichiste (qui entraîne une dépossession) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Si la nature est aujourd’hui détruite, c'est parce qu'aujourd'hui le métabolisme avec cette nature a pris la forme sociale du travail, ce qui n'avait jamais existé. Ce que les écologistes ne sont pas encore arrivés à saisir et à creuser, comme un gros angle mort de l'écologisme radical.

Or, beaucoup à côté de la dimension économique qui nous totalise et nous à tous pourrit la vie, pensent qu’ils pourraient exister parallèlement d’autres dimensions qu’il faudrait privilégier : certains se réfugient tout en participant de ce monde auquel on n’échappe pas, des niches où l’on tente des compromis afin de se préserver, et face à cette domination de l’économique, certains se réfugient dans la spiritualité, dans le privilège qu’il faudrait donner à la morale et l’éthique, dans la politique, dans la préoccupation pour la nature, pour les autres (convivialité, solidarité, bénévolat, etc). etc etc. Imperceptiblement, ces gens là aimeraient une sorte de réencastrement de l’économique dans le social, le politique, le religieux, la nature, etc. Que l’économie arrête de piller la nature.

La critique de la valeur dit que tout cela est impuissant face à la logique et la dynamique économique de la valorisation. La Revue du MAUSS ou Gorz avec leur sphère non-marchande du don parallèle à la sphère marchande, Martine Aubry et sa farce du « care », etc., tous les bons sentiments du monde et bonnes résolutions du 1er de l’An, ne peuvent rien par rapport à la logique de la valeur qui est une force totalisante, totalitaire mais pas totale, et qui est de plus extrêmement dynamique (Postone parle de " moulin de disciplines "), voire du fait de ses contradictions, en crise permanente sapant la branche sur laquelle elle est assis (théorie de la crise de Kurz, théorie qui se trouve à l'intérieur de la critique de la valeur). Bref, il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Il faut sortir littéralement de l’économie, en inventant d’autres formes de médiation sociales entre nous, que celles du travail, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines. Pour autant, à la différence de Ellul, Illich, Charbonneau qui mythifient quand même beaucoup les sociétés traditionnelles passées, pas de retour possible ni souhaitable en arrière. Même dans les sociétés passées où l’économie n’existait pas, des formes de fétichisme existaient, des rapports dégueulasses de domination étaient présentess. Certes l’économique était enchâssé dans la religion, un rapport magique au monde, dans la domination directe de certains sur d’autres, dans la coutume, le respect des ancêtres et de la tradition, etc., mais ce monde sans économie, c’est pas un monde idéal. C’est pour cela aussi que certains qui aimeraient trouver comme au supermarché dans le paquet « wertkritik », le bonus caché et estampillé « voilà la société idéale toute faite », avec son plan, ses écrous et ses vis, seront toujours déçus. Si la domination économique sur l’ensemble des autres dimensions de la vie, est intolérable, il n’y a pas de société idéale, sans contradictions, il faut faire un trait sur cette utopie. Pour autant, le fétichisme économique est particulièrement mutilant, auto-destructeur, jamais une société dans l’histoire n’avait eu une dynamique aussi rapide, abstraite et impersonnelle. Il faut donc se choisir des formes de fétichisme moins mutilantes, moins auto-destructrices, que le fétichisme de la valeur. Mais pour cela, vu que cela n’a jamais existé dans l’histoire, l’origine de l’homme n’est pas derrière nous, mais devant nous. C’est une invention inouïe et improbable à réaliser, aussi inouïe et improbable qu’a été l’invention de l’économie. Aucune déclaration théorique ne peut prétendre ce que pourrait être une société anti-économique, autrement que très abstraitement. Seule l’expérience pratique d’une nouvelle médiation sociale entre nous et comme métablisme avec le monde (mais il ne faut pas que ce soit parallèle à la médiation par le travail !) et le processus effectif même de ce changement, pourront nous renseigner sur le sujet. Seule une association voulue par des individus dépendant de leurs convictions et de l’invention d’une pratique radicale dans son contenu même, et non pas déterminée par leur position donnée dans le système (classes, couches moyennes, demande de lois, etc.), sera à même de mener à bien un tel mouvement d'arrachement social à l’économie. La wertkritik est juste d’abord un premier pas (par rapport à tous les mauvais pas à gauche, à l’extrême-gauche, à droite qui restent à l’intérieur de l’économie qu’on naturalise toujours), une invitation à réfléchir sur ce qu’est au cœur de nos sociétés modernes par rapport au société passée.

Il faut continuer la critique…
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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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skum



Joined: 18 Oct 2009
Posts: 81

PostPosted: 04 Jul 2010 15:03    Post subject: Reply with quote

bug-in wrote:
Je ne comprend pas ton msg skum. Es ce de l'humour ?
Je pose la question, non par humour, mais parcequ'il m'est déjà arrivé de ne pas comprendre ce qui pour d'autres était de l'humour et ça a tourné au vignaire. (repose en paix fabinoo-contribuant-au-forum).

Oui et non. En fait : non.
Les contradictions du capitalisme, les licenciements de masses, la bubulle qui a fait boom! fin 2008, les politiques de workfare, la "faute au niakwés que les délocalisations", la vilaine spéculation, etc., pour réanimer (à considérer qu'elles étaient évanouies) les "projections stigmatisantes" c'est idéal. J'entends, je sens, je "vois des choses autour de pas que moi", "travailleur sans emploi", à moitié infirme, conchiant le Travail et ses chiens toujours derrière ses dents..., c'est pas ce qu'il y a de plus réjouissant.

Quant à fabinoo (salut inconnu !), il repose d'office en paix - on ne repose pas en guerre à ce que je sache, non ? Surpris
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Guest






PostPosted: 06 Jul 2010 10:54    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
Finalement, à l’encontre de l’image que peut avoir la wertkritik qui cherche à tout saisir en l’expliquant par des dimensions sociales et historiques totalisantes, il y a justement une certaine humilité de la théorie qui se refuse à dire ce qu’il suffirait de faire, un programme, des slogans faciles, des promesses (certes certains suggèrent des choses, mais il n’y a pas de lien logique entre la théorie critique et ses propositions – je pense à la question des machines).


Je pense au contraire qu'il n'y a pas de critique sans un point d'extériorité qui fonde le jugement.

Si on critique le travail comme médiation sociale, s'opposant à des "rapports sociaux non déguisés", alors c'est que l'on a une petite idée de ce que sont ces "rapports sociaux non déguisés" et qu'il sont préférables.

Le problème de la wertcritik par exemple c'est qu'il n'y a pas d'explicitation en ce sens. Elle considère que son point d'extériorité est évident et qu'il suffit de décrire le capitalisme comme elle le fait pour qu'on le trouve scandaleux.
Du coup c'est la critique qui est fragilisée, et on le voit dans le Manifeste contre le travail (texte de vulgarisation) par exemple, où finalement le travail est dénoncé comme médiation sociale abstraite, oui, mais surtout comme une obligation, un arbitraire, une torture, ce qui revient finalement à une affirmation d'un liberté un peu abstraite. (Et cela sans parler du pb de l'industrialisme qui court dans tout le livre). Mais bien-sûr c'est quand même plus difficile et risqué de définir un point d'ancrage de la critique, plutôt que de présupposer la liberté éternelle d'un Sujet à partir de laquelle on peut théoriquement passer à la moulinette critique à peu près tout, en fait.

Reste que effectivement ils mettent l'accent sur un point vraiment essentiel, et qui gagnerait effectivement à être clarifié et mis en avant (ceci dit il a bien fallu en passer par une exploration patiente des textes avant d'en retirer le nectar) : Le travail comme médiation sociale abstraite et générale, qui ouvre fondamentalement sur une illimitation de la taille des sociétés et des activités humaines que l'on peut mettre bout à bout.

(Ceci dit c'est moi ici qui propose de joindre la réflexion sur le travail comme médiation abstraite au thème de l'illimitation, je ne sais pas si ça a été fait.
Selon moi cela donne un autre point d'ancrage à la critique que seulement les rapports sociaux manifestes)

Je trouve que cette critique fondamentale gagnerait à être distinguée de la critique du travail comme torture, obligation etc car on mélange alors un niveau de critique vraiment intéressant et nouveau, à une critique un peu bas de gamme et qui laisse le champ ouvert aux revendications sur le revenu garanti (qui précisément ne remettent pas en question l'illimitation sur laquelle ouvre la mise en forme abstraite des activités humaines).

Deun
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