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tract sur la Réforme du système de retraites
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 25 Sep 2010 14:34    Post subject: tract sur la Réforme du système de retraites Reply with quote

Un autre point de vue sur les retraites


S'il est bien entendu légitime de s'opposer à une réforme injuste, il est tout aussi important de comprendre comment nos soit-disant "acquis sociaux" nous filent si facilement entre les doigts.

On nous demande de faire grève et de défiler dans la rue pour peser sur quelques paramètres généraux d'une machine dont la gestion nous échappe tout à fait.

Prisonniers de la nécessité d'avoir un revenu, nous sommes contraints de participer à cette mobilisation. Pourtant, si nous sommes tous là à manifester, ce qui nous relie chaque jour, ce sont toujours les mêmes abstractions : l'économie, l'argent, le travail. De quoi est faite cette solidarité qui a consisté à se défaire du lien social, jusqu'à appeler "solidarité" des écritures comptables dans lesquels se joueraient des mécanismes de redistribution entre les jeunes et les vieux ? S'il faut défiler dans la rue c'est bien parce que cette solidarité est défaite, non pas seulement par des réformes injustes, mais aussi par le système lui-même que l'on nous demande de défendre, en tant qu'il restera avant et après construit sur l'argent et son administration.

Bizarrement on ne nous demande pas de défiler pour reprendre la main sur tout ça, comme s'il était acquis que les choses les plus précieuses pour nous (la santé, le soin envers les plus âgés), cela se décidait ailleurs, et qu'en temps normal il suffit de travailler toute l'année sans s'en soucier. Si vraiment il s'agissait d'acquis sociaux, il n'y aurait pas besoin de manifester ainsi collectivement notre impuissance. Car cette solidarité que nous défendons, ce serait déjà notre 'travail' de nous en occuper, ça ferait partie de notre activité normale et quotidienne que de s'en soucier, d'agir et d'en maîtriser les tenants et les aboutissants.

Beaucoup d'entre nous ne croyons pas en un avenir uniquement assuré par la promesse de flux d'argent futurs. Il n'y a rien de plus inquiétant que d'avoir sa vieillesse suspendue à la valeur de la monnaie, tandis que l'on ne peut que constater que nous avons beau travailler pour amasser cet argent et des points retraites, des choses essentielles comme l'alimentation, le soin aux jeunes/vieux, le logement, sont de moins en moins assurées. Pire il semble que plus nous travaillons, plus cela se dégrade et moins notre subsistance est acquise. L'économie ne semble être pas seulement le moyen de coordonner nos travaux disparates, mais aussi une formidable abstraction sur laquelle on a pourtant fondé la solidarité entre générations. Entre autres. De sorte que même ce qui est commun, comme ce système de retraite, n'existe qu'à l'état d'efforts séparés les uns des autres, sous la forme de leur mise en forme monétaire, marchande, administrative. Alors s'il faut défiler pour peut-être se réunir, ce n'est certainement pas pour peser sur quelques paramètres généraux du système, mais d'abord pour constater qu'il n'est pas besoin d'invoquer la finance prédatrice pour se rendre compte que nos "acquis sociaux" sont depuis leur origine hors de notre portée quant à leur gestion. C'est plus profondément cela que l'on nous demande d'accepter.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 25 Sep 2010 18:33    Post subject: Reply with quote

deux tracts que l'on a diffusé dans les manifs à Bourges et Orléans en vue de l'organisation de nos rencontres/débats. :

Quote:
Battez en retraite!
N’intégrez pas le monde du travail avec pour seul espoir… la retraite



A l’heure des suicides à France Telecom et ailleurs, le débat primordial pour l’émancipation se situe-t-il vraiment entre le « paradis des 60 ans à la retraite » et « l’enfer des 62 ans » ?

En amont de cela, ne faut-il pas plutôt réfléchir sur la nature et la finalité du travail en tant que tel ? Le travail n’est-il pas l’autre face de la médaille du capital et non quelque chose qui lui serait extérieur ?

Est-ce que la critique du capitalisme doit se réduire à dire que le grand méchant capital financier martyrise notre bon et sain capital productif pourvoyeur de travail et de pouvoir d’achat ?

Est-ce que l’on ne critique pas le capitalisme d’aujourd’hui en faisant l’apologie du capitalisme d’hier ?

Compte tenu de la crise actuelle du capitalisme, la critique doit-elle seulement se contenter de vouloir conserver les acquis sociaux obtenus grâce à la lutte mais aussi dans un contexte particulier de forte croissance des Trente Glorieuses qui ne reviendra plus ?

Est-il souhaitable de distribuer plus égalitairement le gâteau de la croissance économique quand celui-ci ne grossit plus, est empoisonné, nous transforme en rouage d’une société sur laquelle nous n’avons plus de prise et dévore la planète ?

Au lieu d’espérer un retour à la croissance et au plein emploi, ne faudrait-il pas commencer par prendre acte que cela est désormais illusoire, pour enfin envisager sortir de la machine-travail planétaire ?

Au lieu de s’attaquer à la société du présent avec les outils théoriques du passé, ne faut-il pas repenser une critique radicale du capitalisme ?

[...]


Une version remaniée d'un tract paru dans Tiqqun n°2 :

Quote:
On a toujours l’âge de déserter.


Vous avez travaillé. Vous vous êtes trompés. C’est pas grave. Une seconde chance vous est donnée. Aujourd’hui, vous manifestez pour conserver votre retraite à soixante ans. Vous ne voudriez plus travailler. Pourtant, vous avez travaillé. Vous avez attendu que ça passe. Finalement, c’est passé. Et vous avec.

Si vous approchez aujourd’hui la soixantaine, en 68 vous n’aviez pas loin de la vingtaine. Vous avez vu, vous avez su que d’autres mondes étaient possibles que celui qui s’est édifié, avec votre participation, avec notre participation. Vous avez oublié, vous avez fait semblant d’oublier. Vous avez fait comme si travailler était digne, supportable, intéressant ou simplement humain. Les générations qui vous ont suivi ont mimé votre résignation, plus grotesquement : votre enthousiasme.

Une seconde chance vous est offerte. Vous savez dans votre chair que vous ne voulez plus travailler. Que vous n’avez finalement travaillé que sous la contrainte, et que vous vous êtes faits, pour certains, les illusions nécessaires. Laissez vos illusions derrière vous, si vous en aviez. Il en est temps. Vous en avez les moyens. A soixante ans, vous n’êtes pas tout à fait tari. Le gouvernement, la domination en conçoit une certaine terreur. Ils voudraient vous faire rempiler pour deux ans, que vous soyez vraiment vidés. Avant de vous lâcher dans la nature.

Les gestionnaires de la société vous redoutent. Ils craignent qu’étant encore vivants, vous désertiez. Vous en avez les moyens. Plus que quand vous aviez vingt ans, peut-être. Vous avez les moyens de déserter, au prix de renoncer à l’adhésion à l’ordre social qui vous a consumés. Déserter veut dire : agencer les conditions d’épanouissement de rapports moins mutilés que ceux que commande la domination marchande (hostilité grouillante, incompréhension systématique des hommes et des femmes, absence de communauté comme d’intimité et d’amitié véritables, forclusion de la violence, de la folie, de la souffrance, etc.)

Vous avez une dernière chance de ne pas vous trahir, de vivre, finalement. C’est celle de quitter le navire. En un sens, c’est notre dernière chance. Un monde qui va au gouffre veut s’assurer qu’il n’y va pas seul. Il veut nous entraîner dans sa course à l’abîme. Il est prêt à tout pour empêcher, pour anéantir toute sécession sociale. C’est pourtant la seule aventure à hauteur de vie qui nous soit ouverte, pour l’heure.

Le chaos sera notre grève générale.

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 14 Oct 2010 14:03    Post subject: Reply with quote

Outre que le système de retraite est infantilisant (je dois gagner des bons points de retraites), il est entièrement construit sur le fétichisme de l'argent et du travail.

Exemple : quel sens cela a d'opposer répartition et capitalisation ?

Dans les deux cas, c'est à chaque instant qu'il doit y avoir un équilibre global entre les activités, entre les personnes dépendantes et les autres.


Exemple : quel sens cela a de reculer l'âge de la retraite ?

Bien malin qui dira si dans 10, 20 ou 40 ans, il faudra s'activer plus ou moins qu'aujourd'hui, et surtout pas quand l'activité prend la forme d'un travail indifférencié marchandisé.
En faisant mine d'anticiper l'avenir, on ne fait en réalité que soumettre celui-ci à des abstractions qui le fragilisent un peu plus.


Exemple : quel sens cela d'argumenter contre la réforme en disant que comme la productivité augmente, la richesse augmente, donc pas besoin de plus travailler ?

C'est confondre les richesses concrètes, celles qui sont appropriables car présentes dans notre environnement immédiat et familier, avec les richesses abstraites, celles qui circulent dans les espaces marchands avec ses propres règles. Or ces règles nous ne les maîtrisons pas dans l’instant présent, encore moins dans le futur. Ce n’est qu’à la condition d’un travail quelconque que l’on accède aux marchandises particulières, et celles-ci doivent encore être appropriées ensuite par un travail fantôme (hors économie).
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Kercoz



Joined: 20 Sep 2008
Posts: 967
Location: bordeaux

PostPosted: 14 Oct 2010 15:18    Post subject: Reply with quote

Deun wrote:
Outre que le système de retraite est infantilisant (je dois gagner des bons points de retraites), il est entièrement construit sur le fétichisme de l'argent et du travail.


Il me semble important de noter que le concept de "retraite" est un transfert /délocalisation autrefois assuré par le groupe/famille et sous-traité au groupe -état.
Ce n'est qu'une des fonctions -liens de l'individu qui lui a été dénié et ceci pour des raisons de gain de productivité .
Meme a l'époque des trentes glorieuses, le "retraité" apres avoir tondu sa pelouse se retrouvait ds une position solitaire et en rejet de sa famille/groupe .
Il faut remarquer que ds l'ancien modèle a base agraire , l'arret d'activité etaot progressif jusqu'a devenir symbolique comme la perte du "pouvoir" de l'ancien .
Encore une fois , le problème est structural en n'a pas de solution mathématiquement "vertueuse"
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 14 Oct 2010 16:40    Post subject: Reply with quote

Encore une fois, le "problème" n'a rien à voir avec les mathématiques

http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=8065
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 19 Oct 2010 15:17    Post subject: Reply with quote

Il y a quelques jours ce tract des plus sympathiques sur Indymedia Grenoble.

Pour autant ce tract comporte des limites importantes, qui sont d'ailleurs celles de la partiellement pertinente mouvance anti-industrielle qui reste très vague et très traditionnelle sur la critique du capitalisme. Le texte critique l'industrialisation carrément en prenant la défense du travail qu'ils naturalisent en parlant de " travail humain " rendu inhumain seulement par les machines et les ordinateurs. Ainsi une phrase comme " Depuis plusieurs dizaines d’années, les machines et les ordinateurs suppriment massivement le travail humain ", pose problème, tellement ce " travil humain " semble posé naturellement, de manière évidente et transhistorique. Cette réflexion très superficielle sur le " travail " qui n'arrive pas à saisir la véritable nature de tout travail dans la formation sociale capitaliste, car tout travail est une invention relativement récente qui a quelques siècles (tout travail c'est-à-dire un travail avec ordinateurs et machines, comme un travail sans ordinateurs et machines, cf. les livres de Postone et Jappe) était aussi celle du texte de Amiech et Mattern sur le " Travail mort-vivant " dans Notes et Morceaux Choisis. C'est aussi la limite du groupe Les Amigos de Ludd, la limite des rares réflexions sur le travail du groupe Oblomoff, ou encore du numéro du magazine Offensive sur le sens du travail. Critiquant le travail technologisé au nom du gentil travail qui serait soit disant pas du travail abstrait, du travail non socialement auto-médiatisant, comme le gentil travail de l'artisan, du paysan, etc. Tout cela en prenant appui sur la pensée complètement inaboutie de Arendt sur le travail. Dans cette perspective les auteurs de ce tract ne peuvent que dire " Nous voulons un travail choisi, épanouissant, que nous jugeons utile. Nous préférons alors parler d’activité ", sans aller plus loin pour comprendre la réalité capitaliste irrationnelle dans laquelle nous vivons, et saisir la nécessité de développer une critique radicale du travail, du fétichisme du travail, de la valeur et de l'argent.

Comprenant très imparfaitement la société capitaliste (que l'on réduit à l'exploitation du surtavail), et renvoyant la nature de la croissance à une simplette " idéologie " (comme les décroissants), les auteurs du tract avouent eux-mêmes que leur critique est inaboutie quand finalement ils se solidarisent des grévistes qui croient encore qu'il existe encore un " trésor " caché qui pourrait être versé au peuple. On peut ainsi être très déçu quand les auteurs écrivent :

Quote:
Ce refus est d’autant plus justifié qu’un partage des richesses détenus par quelques uns pourraient permettre à tous d’avoir une vie et une retraite décentes.


Ces " richesses " qui sont ici naturalisées et ininterrogées, posent évidemment question, car elles sont des marchandises, de l'argent, du capital, bref de la valeur, catégories supposément éternelles (quand on parle des " richesses ") saisissant le monde à l'envers des formes sociales capitalistes, que l'on ne saurait radicalement mettre en cause. Puisque ces auteurs veulent redistribuer finalement (selon un mode de distribution autre) ces mêmes catégories pourtant intrinsèquement capitalistes. Comment critiquer la croissance économique en soi, si finalement on veut simplement plus de justice et d'équité ? Tout mode alternatif de redistribution de la richesse socialement historiquement spécifique à la seule société capitaliste, présuppose la croissance capitaliste.

Il faut poursuivre la critique et saisir qu'il faut maintenant ne plus se contenter de la critique anti-industrielle, mais renouveler plus amplement une théorie critique radicale du capitalisme. Allier-rattacher la critique anti-industrielle à la critique de la valeur en élaboration permanente (wertkritik).

Pour autant ce tract est très intéressant. Mais la critique anti-industrielle ne suffit pas.

Quote:
Mouvement contre la réforme des retraites

POUR EN FINIR AVEC LA SOCIETE INDUSTRIELLE ET LES ILLUSIONS DE LA GAUCHE.


Des millions de personnes dans la rue. Des appels à la grève illimitée. Des ports bloqués depuis deux semaines. Des raffineries en grève annonçant une prochaine pénurie de carburant. Des milliers de lycéens qui bloquent leurs lycées. Le ras-le-bol se généralise et le mouvement contre la réforme des retraites prend de l’importance. Partout se diffuse le sentiment que quelque chose est en train de se jouer. Ce mouvement, nous en faisons partie, et nous sommes solidaires des personnes en lutte,
contre la réforme des retraites, et contre l’exploitation en général. Il est légitime que des personnes qui ont travaillé toute leur vie refusent de rempiler pour deux années supplémentaires. Ce refus est d’autant plus justifié qu’un partage des richesses détenus par quelques uns pourraient permettre à tous d’avoir une vie et une retraite décentes. Pour autant, une grande partie du discours tenu aujourd’hui par la gauche et par les
opposants à la réforme des retraites, nous semble au mieux une impasse, au pire clairement dangereuse. En effet il n’y a pas de lutte possible contre la réforme des retraites sans refuser la robotisation de nos vies, et sans sortir du dogme de la croissance et de l’emploi à tout prix. Ce n’est qu’en prenant ces critiques en compte qu’un mouvement peut émerger avec de vraies perspectives.

Quand les robots rendent l’humain inutile...

Depuis plusieurs dizaines d’années, les machines et les ordinateurs suppriment massivement le travail humain. Grâce aux progrès de la science et de la technologie, et notamment au concours des laboratoires grenoblois de l’INRIA au CEA-Minatec, en passant par STMicroelectronics et IBM, l’accumulation de profit exige moins d’humains à exploiter qu’avant. Plus performants, les robots ont aussi l’immense avantage de ne pas faire pas grève, et de ne pas avoir besoin de retraite. L’exposition à la gloire de Vaucanson et de l’homme artificiel, qui se tient au musée dauphinois jusqu’au 31 décembre, est là pour nous le faire savoir, qui pose notamment la question « Pourquoi faut-il remplacer l’homme par des machines ? » Le capitalisme ne peut plus créer assez d’emplois pour tous. Après les ouvriers et les employés (de la Poste, de la SNCF, des magasins ou des banques), c’est aux enseignants de devenir obsolètes. L’école elle aussi devient numérique, pour le plus grand bénéfice des multinationales de l’informatique, et tant pis pour l’éducation, et pour la santé mentale des enfants. Il n’est pas jusque dans les service à la personnes où les hommes ne soient remplacés par des robots. En
Isère, le programme Empatic offre aux personnes âgées un suivi par la machine : plus besoin de présence humaine grâce aux capteurs électroniques. Vivement la retraite !

...se faire exploiter devient un « privilège »

Les robots nous remplacent donc. Le problème, c’est que nous restons tous plus ou moins contraints de travailler. Sans travail, pas de salaires, et le frigo reste vide. Tous les humains mis au rebut par les machines n’aurons pas assez cotisé pour prétendre à la retraite. Nous en
sommes arrivés au stade où pouvoir vendre sa force de travail à une entreprise est devenu un privilège. Mais quel privilège ? Les emplois que créent encore péniblement le capitalisme sont de plus en plus vides, et déconnectés de nos besoins fondamentaux, les travailleurs réduits à n’être
que les auxiliaires des ordinateurs, des rouages au sein de la machinerie industrielle. Les gains de productivité devant sans cesse augmenter, les personnes qui travaillent doivent travailler toujours plus, toujours plus vite, de manière toujours plus efficace. Exclus et inutiles, ou exploités et pressurés. Voilà à quoi nous en sommes réduits. Il n’y a pas de solution au problème des retraites ou du chômage sans sortie du capitalisme et de la société industrielle. Combien de temps pensez vous que ce système s’encombrera d’une main d’oeuvre inutile ?

La solidarité ne repose pas sur la croissance !

Pour justifier la réforme des retraites, la droite nous explique : « il y a aujourd’hui moins de travailleurs actifs, et plus de personnes inactives. Il est donc normal de travailler plus longtemps pour payer les retraites » Ce à quoi les économistes de la gauche et de l’extrême-gauche
rétorquent : « Même avec une croissance inférieure à 2%, le produit intérieur brut aura doublé d’ici 40 ans, on pourra donc en consacrer une part plus importante au financement des retraites, sans effort financier supplémentaire de la part des salariés. » Pour la gauche, le problème est donc uniquement un problème de répartition des fruits (pourris) de la croissance. Comme si les retraites, et donc la solidarité humaine, reposaient sur la croissance économique. Il faut en finir avec l’idéologie de la croissance. Compter sur un doublement de la production d’ici 40 ans est une aberration. Notre environnement ne survivrait pas à un tel désastre écologique. Sans compter la dégradation de la vie en société. Car produire plus, c’est produire toujours plus d’ordinateurs, de télévisions à écrans plats, de téléphones portables, et autres gadgets high-tech qui abrutissent, individualisent et finissent par détruire
toute relation véritable entre nous. (Et vous, combien d’amis virtuels avez-vous sur facebook ?)

Il y a des sots métiers

Le second argument de la gauche contre la réforme des retraites, consiste à refuser l’allongement de la durée de cotisation parce qu’il serait un frein à l’emploi des jeunes. Quels emplois ? Des emplois qui répondent à quels besoins ? Aucune importance. Ce qui compte c’est
de leur trouver un emploi. Il faut sortir de cette logique de l’emploi à tout prix. D’abord parce qu’il n’y a plus de travail pour tous. (voir plus haut) Ensuite parce que cela revient à défendre des emplois qui nuisent au
reste de la société. Il n’y a pas de honte à ne pas avoir de « travail » au sens où l’entend cette société, c’est à dire un travail que l’on ne fait que pour l’argent, sans aucune considération pour son contenu. Il est plus digne de ne pas travailler, plutôt que d’être banquier, militaire, chercheur dans les nanos ou journaliste au Daubé. Pour autant, nous ne voulons pas passer notre vie à ne rien faire. Nous voulons un travail choisi, épanouissant, que nous jugeons utile. Nous préférons alors
parler d’activité.

Par où commencer ?

Dans un premier temps, s’organiser à la base pour obtenir le retrait de la réforme. Se défier des centrales syndicales qui nous lâcheront dès qu’elles en auront l’occasion, et des socialistes, qui ne retireront pas la réforme s’ils sont élus en 2012. Cesser les journées d’action ponctuelles,
pour construire un mouvement solide et continu. Paralyser les centres économiques, scientifiques et politiques. Profiter de ces luttes pour nous rencontrer, discuter, échanger. Prendre le temps de réfléchir et de construire des solidarités. Nous organiser enfin pour empêcher tout retour à la normale. Fermer les usines et les labos qui nous nuisent. Produire collectivement ce dont nous avons besoin pour vivre, sans le concours
de la machinerie industrielle.

Rendre inutile ce système qui nous rend inutiles.

Grenoble, le 12 octobre 2010
Groupe LIBELUDD. Libertaires, Luddites.

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)


Last edited by Kobayashi on 19 Oct 2010 16:14; edited 2 times in total
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skum



Joined: 18 Oct 2009
Posts: 81

PostPosted: 19 Oct 2010 16:05    Post subject: Reply with quote

J'allais le mettre ! Mal ou Très fou

Sinon, JP Levaray citait Krisis dans un texte sympathique :

Quote:

TRAVAIL, TU PEUX CREVER !!!
par Jean Pierre Levaray [1]

(extrait de la brochure publiée aux Editions du Monde Libertaire : Plus d'un siècle après la Charte d'Amiens... Quelle place des anarchistes dans le monde du travail ?. Titre original de l'article : "Le travail")


« La meilleure façon d'abolir le chômage,
c'est d'abolir le travail et l'argent qui lui sont associés »

(AG des chômeurs occupant Jussieu en janvier 1998)


Stéphane Beaud et Michel Pialoux, sociologues et auteurs par ailleurs d'un intéressant Retour sur la condition ouvrière [2], sont également auteurs d'un texte, « Notes d'observation autour d'une rencontre entre générations ouvrières » [3], pour tenter de « comprendre la décomposition des classes populaires au cours de ces quinze dernières années » dans le livre La Fabrique de la Haine. Dans cet article, les auteurs semblent découvrir que les jeunes (notamment issus de l'immigration) ne veulent pas devenir ouvriers, sous peine de considérer leurs vies comme foutues : « Nous, on veut dépendre de personne. On veut pas de chef au-dessus de nous qui nous donne des ordres. Nous on veut pas aller travailler en usine, on veut respirer, on veut devenir patron. On ne veut pas être ou rester au bas de l'échelle », dit l'un des jeunes, au cours d'un débat après la représentation de la pièce 501 blues, jouée par cinq ouvrières licenciées de l'usine Levi's de La Bassée, dans le Nord. En regard, les auteurs citent de vieux syndicalistes, ou ces ouvrières licenciées de Levi's, fiers d'avoir travaillé et d'avoir lutté.

Cette dignité, cette fierté du travail, on la revendique lorsqu'on n'a plus de travail, lorsqu'on se fait virer comme des mal-propres. Parce qu'on n'a que sa force de travail à vendre, pour gagner de quoi vivre. Parce que lorsqu'on a usé une partie de sa vie dans l'usine, et qu'on se retrouve, au bout du compte, à la porte, c'est moralement destructeur.

La dignité au travail, on ne la conquiert pas sur des machines, à des houlots débiles, fatigants, usants, sous les ordres des chefs, pour des salaires de misère. La dignité, on la conquiert dans les moments autres : quand on dit non au chef, quand on se met ensemble en grève, ou quand on vole un moment au patron pour s'organiser des moments conviviaux (repas, apéro, belote...) entre collègues.

Le reste, le travail, c'est l'aliénation, le sentiment de perdre sa vie.

Les auteurs de l'article expliquent le désintérêt des jeunes des cités pour le travail par le fait que la résistance ouvrière s'est nettement amoindrie mais aussi et surtout par le culte de l'argent et de l'individualisme des années 80 qui touche aujourd'hui ces cités. Certes, mais ce n'est pas si simple et si nouveau :

Le 20 mars 1998, lors d'une manif parisienne de lycéens, un groupe de « lycéens lucides » diffuse le tract « On arrête tout ! » qui commence ainsi : « Quand nous serons bien vieux, le soir au coin du feu, peut-être prendrons-nous enfin la peine de nous demander ce que nous avons fait de nos vies. Nous découvrirons alors avec horreur le vide profond qui aura rempli nos existences partagées entre un travail lassant et improductif, et la peur de le perdre. » S'en¬suit un texte contre la soumission et l'ennui, appelant à prendre la décision d'arrêter de travailler, pour un changement radical de société et pour ne pas être « condamnés à mener cette existence grise qu'ils nous imposent et que nous ne voulons plus ».

A la même époque, de novembre 1997 à avril 1998, autour d'AC ! et de Comité chômeurs CGT, des occupations d'ANPE ont lieu, des actions de chômeurs et de précaires se multiplient. Chaque jour, sur Paris, des chômeurs, en collectifs ou individuellement, tiennent des AG à la fac de Jussieu. Les débats sont riches et les idées fusent [4], exemple entre mille : « la dignité humaine n'est pas dans le travail salarié, parce que la dignité ne peut s'accommoder ni de l'exploitation, ni de l'exécution de tâches ineptes, et pas davantage de la soumission à une hiérarchie... »

En 1985, en plein mouvement étudiant, des lycéens du technique distribuent un tract, signé par les lascars du LEP électronique, qui s'intitule : « Nous, on n'ira pas à l'usine ».

Le 1er mai 1977, à Rouen, un mystérieux groupe Contre le Génocide par le Travail et Contre la Fatigue et la Détresse dues au Travail distribue un tract, « C'est-y pas l'turbin qui t'use ? » où on peut lire : « Ce temps perdu, tes désirs non réalisés te sont échangés contre un salaire. Cette carotte qu'on te refile pour ta participation à produire des marchandises ne te permet que d'être un consommateur : pas de rendre ta vie passionnante... »

A Paris, en novembre 1973, quelques employés de Elf [5] créent le G.R.A.T. (Groupe de Résistance Au Travail) qui dit : « notre problème véritable est-il de mégoter sur des augmentations de salaire (précieuses mais qui sont bouffées sitôt gagnées) ou de venir à bout de la monotonie du travail salarial, reconduit semaine après semaine, mois après mois, année après année jusqu'à cette retraite « dorée » dans laquelle croupissent tant de personnes âgées, résidus fatigués d'une vie consacrée à la prospérité du capital. » Ils ajoutaient : « Nous sommes de la race, de plus en plus nombreuses, de ceux sur qui le salariat, quelle qu'en soit la forme, pèse d'un poids si lourd qu'il devient intolérable et que toute solution, fût-elle précaire, est préférable à la mort lente par accumulation d'ennui... » [6]

Emile Pouget, lui, considérait la paresse comme forme valable de sabotage, et Léo Malet évoquait, dans sa Trilogie noire, ce milieu d'ouvriers anarchistes pratiquant le sabotage et « piquant des macadams », en simulant des accidents pour être payés sans travailler.

Après la guerre de 14-18, en Italie, il y eut un mouvement de grève à Turin, où l'entreprise n'était pas le bastion à défendre envers et contre tout. Dans le mouvement des occupations, les ouvriers turinois occupaient les usines le jour et la quittaient le soir pour y revenir le lendemain, pour dire qu'ils ne voulaient pas être prisonniers des cadres dans lesquels on les enfermait. Ils se contentaient d'arracher au capital ce qui pouvait l'être mais refusaient le travail et l'usine.

En allant plus loin dans le temps, dans l'ouvrage La nuit des prolétaires, l'auteur Jacques Rancière, parle de ces « centaines de prolétaires qui ont eu 20 ans aux alentours de 1830 et qui ont décidé, chacun pour leur compte, de ne plus supporter l'insupportable. Non pas la misère, les bas salaires, les logements inconfortables ou la faim toujours proche, mais plus fondamentalement la douleur du temps volé chaque jour à travailler le bois ou le fer, l'humiliante absurdité d'avoir à quémander, jour après jour, ce travail où la vie se perd ». 1830, nous sommes loin des situationnistes qui disaient en 1968 : « Ne travaillez jamais ».

En 1740, un fabricant déclarait : « un abus s'est glissé dans les papeteries qu'il serait très à propos de corriger : c'est qu'outre les fêtes que l'église commande, les compagnons papetiers ont introduit des jours chômés dans le cours de l'année qui ne sont connus que d'eux seuls. »

Ces exemples, parmi tant d'autres, montrent qu'il a toujours existé une résistance au travail individuelle ou collective ; mais la clarification, la théorisation du refus du travail et du droit à la paresse (liées sans être identiques) montre qu'il y a un décalage entre la pratique ouvrière et les théories révolutionnaires, anarchistes ou marxistes. En dehors de quelques théoriciens (Stirner, Lafargue) et courants (les Surréalistes ou les Situationnistes) la majorité des théoriciens socialistes étaient de farouches partisans du travail, dont ils contestaient l'aspect aliéné et aliénant mais pas le principe même.

Les marxistes font même très fort, surtout une fois qu'ils ont pris le pouvoir, Trotski disant que : « animal paresseux, l'homme doit être contraint au travail. » Pour les bolcheviks, le « contrôle ouvrier » n'avait d'autre fonction que de restreindre le pouvoir des bourgeois et de faire participer les ouvriers à la production par l'autodiscipline. Zinoviev allant même jusqu'à dire que les conseils d'usine devaient redistribuer le travail et guider la direction, tandis que Lénine parlait des vertus du taylorisme. Il n'était pas question de remettre en cause le travail. Pourtant, on rapporte que dans les années 30, les ouvriers russes molestaient volontiers les Stakhanovistes, et plusieurs d'entres eux furent mêmes assassinés, en raison de leur adhésion au système d'intensification du travail.

En France, comme dans la plupart des pays du monde, l'intégration des syndicats à l'Etat a été une importante institutionnalisation de la classe ouvrière au sein du capitalisme. Ce sont les insuffisances de réflexions sur le travail qui ont poussé le dogme de la social-démocratie et du Parti Communiste : le travail libérateur, doublé du fétichisme de la production. Ce dogme trouve sa formulation la plus lapidaire dans la formule de Thorez, après la seconde guerre mondiale : « camarades, retroussez vos manches » ou encore dans ce slogan du PCF systématiquement resservi aux mineurs dans les années 50 : « C'est vous qui avez bâti la France ». En 1944, Garin, responsable de la CGT dit : « les ouvriers sont des hommes qui veulent savoir pour qui ils travaillent. Faire en sorte que l'ouvrier se sente chez lui à l'usine, l'associer par les syndicats à la gestion de l'économie, telles sont les réalisations qui commandent la résurrection industrielle de la France. » C'est de cette époque que date cette auto-valorisation des mineurs qui, s'ils avaient obtenu des avantages et quelques gratuités, étaient enfermés dans un corporatisme infantilisant soumis aux diktats de la Direction et victimes de silicoses.

En fait, les sociaux-démocrates et les marxistes n'ont fait que conforter les ouvriers et ouvrières dans leurs rôles de travailleurs et travailleuses, de producteurs et de productrices au sein même du système capitaliste. Il n'a jamais été question de lutte contre le système.

Mais il est facile de citer les marxistes, car chez les anarchistes aussi, on peut se poser des questions. L'exemple de 1936 en Espagne, est intéressant, même si on en a peu parlé :

Outre les communaurés paysannes, de multiples entreprises ont été collectivisées et remises en marche par les travailleurs. Cette période, malheureusement brève, a fait naître des expériences significatives : refus du pourboire pour les garçons de café, qui ne sont pas des domestiques, fin de la circulation de l'argent, instauration d'échanges non marchands entre les productions et les humains. Il s'agissait d'organiser le travail sans les capitalistes et bien davantage d'organiser la vie sociale. Les prolos espagnols aspiraient à vivre libres. Mais la gestion des entreprises ne fut pas aussi démocratique et aussi autogérée qu'on l'aurait souhaitée. C'étaient souvent les militants de la CNT ou de l'UGT qui représentaient l'auto-administration de la production et les ouvriers ne se retrouvaient pas souvent dans cette perspective.

Dans la brochure Prolétaires et travail : une histoire d'amour ?, l'auteur dit : « la répugnance au travail, une constante de la vie ouvrière espagnole bien avant 1936, s'est poursuivie sous le Front Populaire. Une telle résistance contredit dans les faits le programme (anarcho-syndicaliste, notamment) appelant les ouvriers à s'impliquer dans le fonctionnement de l'atelier et à contrôler non seulement le lieu de travail mais le travail lui-même. Les prolétaires manifestent un intérêt très relatif à participer à des assemblées d'usine ayant pour objet de discuter de la production et de son organisation. Certaines entreprises doivent modifier le jour de réunion et le fixer le jeudi, non plus le dimanche, personne ne voulant y assister un jour férié. » La résistance au travail, elle, continue : en plus des conflits déclarés, les travailleurs refusent le salaire aux pièces, ralentissent les cadences, ne respectent pas les horaires... En février 1937, le syndicat CNT des métallos déplore que trop d'ouvriers abusent des accidents du travail.

Un contrôle tatillon des horaires afin de contrer l'absentéisme est réintroduit, on stigmatise les fainéants, victimes d'influences bourgeoises pernicieuses. En janvier 1938, Solidaridad Obrera publie un article titré « Nous imposons une stricte discipline sur le lieu de travail ». Quant à l'UGT, ils écrivent : « Certains, malheureusement, se sont mépris sur le sens de la lutte héroïque que mène le prolétariat espagnol. Ce ne sont ni des bourgeois, ni des officiers, ni des curés mais des ouvriers, d'authentiques ouvriers, des prolétaires habitués à souffrir de la répression brutale du capitalisme. Leur indiscipline sur le lieu de travail a empêché le fonctionnement normal de la production. Avant, quand le bourgeois payait, il était logique de faire du tort à ses intérêts, de saboter la production et de travailler le moins possible. Mais aujourd'hui, c'est tout à fait différent, la classe ouvrière commence à construire une industrie qui servira de base à la société communiste. »

Voilà, ce n'est pas simple. Il est vrai que cela se situait dans une période difficile et que la guerre menée, en plus des franquistes, par les communistes sur les anarchistes, n'arrangeait pas les choses. Cet exemple renvoie à un exemple plus récent. Le film Charbons Ardents[7] [8]. Ce film montre comment les mineurs de Tower, au sud du Pays de Galles, ont autogéré leur mine. Et, si l'expérience est intéressante, on y voit aussi que ceux qui sont vraiment investis dans la production et l'avenir de la mine sont les syndicalistes. Les mineurs, au fur et à mesure que le temps passe, boudent les assemblées générales et se fichent complètement de l'avenir du site une fois qu'ils n'y travailleront plus.

***

Nous sommes dans une société fondée sur le travail et nous aspirons à en sortir, pas seulement à abolir le travail salarié mais aussi et surtout à émanciper les humains du travail. Si « l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », cette émancipation est avant tout une émancipation des contraintes du travail. Le capitalisme est avant tout un rapport social, un rapport d'exploitation et d'aliénation. Le refus du travail salarié c'est donc la forme pratique la plus simple et la plus directe de lutte contre ce rapport social. Il s'exprime collectivement dans la grève, individuellement dans l'absentéisme ou la recherche de temps libre dans le temps de travail [9] .

Après des siècles de dressage, l'homme moderne, tel qu'il est promu, est tout simplement devenu incapable de concevoir une vie au-delà du travail en tant que principe tout puissant, le travail domine non seulement la sphère de l'économie au sens étroit du terme, mais pénètre l'existence sociale jusque dans les pores de la vie quotidienne et de l'existence privée. Le « temps libre » (l'expression évoque déjà la prison) sert lui-même depuis longtemps à consommer des marchandises pour créer ainsi les débouchés nécessaires.

On travaille ainsi pour consommer et la société nous fait consommer pour qu'il y ait du travail. Ça se mord la queue. Notre rythme de vie est d'ailleurs tout entier basé sur ce couple : travail-consommation, avec une vitesse de plus en plus effrénée. Pour ne pas penser sans doute.

TEMOIGNAGE

Je me souviens, avant l'usine, élève en C.E.T., nous parlions du travail. Les copains étaient nombreux à se demander ce qu'ils fichaient là. Beaucoup envisageaient autre chose que le travail que nous apprenions. En 1973, lorsque j'ai été embauché, en même temps que beaucoup d'autres jeunes (c'était avant la crise), nous disions tous : « Je reste 2-3 ans, histoire de me faire un peu de fric, et après je me sauve ». Certains sont partis, moi j'ai fait partie de ceux qui sont restés. Parce que le salaire permet de payer un loyer, de faire grandir des enfants et parce qu'il permet de se consoler du temps perdu dans la consommation.

Pourtant, et je vois bien que ce sentiment est partagé par mes collègues, le travail est une douleur. D'autant plus que ça ne s'arrange pas, avec la flexibilité, les plans de restructuration qui se succèdent, la parcellisation du travail, les pertes d'acquis accompagnant le travail (retraite, sécu...), etc.

Quand on voit tous ces collègues qui ne souhaitent qu'une chose, c'est qu'il y ait un nouveau plan « social » pour profiter de départs en pré-retraite ; quand on entend dans les discussions autour de l'apéro rituel des prolos, tous ceux qui rêvent de partir ; quand on sait que les ouvriers essaient, pour la plupart, que leurs enfants échappent à l'usine... Non, le travail n'est pas une valeur qui mobilise les ouvriers.

Il y a quelques temps, sur France 2, un reportage s'intéressait aux licenciées de chez Moulinex, 6 mois après. Une femme disait que maintenant, elle n'avait pas beaucoup d'argent pour vivre, mais qu'elle se voyait mal retravailler et avoir un chef sur son dos.

Les licenciées de chez Levi's, qui ont réussi à devenir intermittentes du spectacle (même si leur salaire est aléatoire), doivent avoir plus de plaisir aujourd'hui en montant sur les planches que lorsqu'elles sortaient de l'usine les mains bleuies d'avoir cousu des jeans toute la journée.

Dans le film Attention, Danger Travail [10] qui regroupe des documentaires de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe, une dizaine de chômeurs et chômeuses racontent pourquoi ils ont décidé de ne plus travailler. Ils expliquent même qu'ils ou elles ont fait le choix de « s'épanouir en dehors du monde du travail, avec peu de ressources mais en disposant de temps à profusion ».

On a redécouvert quelques temps, « la France d'en bas » parce que lors des élections présidentielles de 2002, les ouvrier(e)s se sont abstenu(e)s ou ont voté pour les extrêmes. Bref, n'ont pas suivi le jeu politique habituel. Il en a été de même avec le référendum sur la constitution européenne de 2005. Parce que la classe politique, qui ne rassemble que les classes moyennes et bourgeoises, est complètement déconnectée de ces ouvriers dont les patrons voudraient tellement se débarrasser.

Pour redonner le goût de la politique à la classe ouvrière, il faut proposer, lutter pour une société, un monde, où on repenserait le travail, les machines, la production, la consommation.

Il y a longtemps que la notion d'amour du travail est devenue obsolète. Cette notion fait référence à un travail artisanal, ou en petite manufacture. Aujourd'hui le travail est devenu trop parcellisé et il est illusoire de penser qu'on reviendra en arrière. Ainsi, tout révolutionnaire (et par là même, tout anarchiste) qui ne prend pas en compte le fait que les ouvrier(e)s, mais aussi les jeunes, aspirent à travailler beaucoup moins, voire à ne pas travailler du tout, n'a qu'un cadavre dans la bouche.

Je finirai sur cet extrait du Manifeste contre le travail du groupe allemand Krisis :

« On reprochera aux ennemis du travail de n'être que des rêveurs. L'histoire aurait prouvé qu'une société qui ne se fonde pas sur les principes de travail, de la contrainte à la performance, de la concurrence libérale et de l'égoïsme individuel ne peut pas fonctionner. Voulez-vous donc prétendre, vous qui faites l'apologie de l'état de choses existant, que la production marchande capitaliste a vraiment donné à la majorité des hommes une vie à peu près acceptable ? Appelez-vous cela « fonctionner », quand c'est justement la croissance vertigineuse des forces productives qui rejette des milliards d'hommes en dehors de l'humanité et que ceux-ci doivent s'estimer heureux de survivre sur des décharges publiques ? Quand des milliards d'autres hommes ne peuvent supporter la vie harassante sous le diktat du travail qu'en s'isolant des autres, qu'en se mortifiant l'esprit et qu'en tombant malades physiquement et mentalement ? Quand le monde est transformé en désert simplement pour que l'argent engendre davantage d'argent ? Soit ! C'est effectivement la façon dont « fonctionne » votre grandiose système du travail. Eh bien, nous ne voulons pas accomplir de tels exploits ! »


NOTES

[1][Note de l'Editeur] Dans ce texte, le terme de « salariat » pourrait se substituer à celui de « travail », étant entendu que la souffrance au travail est liée au régime de la propriété privée des moyens de production, et à la coercition exercée à l'encontre des travailleurs par la hiérarchie patronale au service des actionnaires. Dans une autre société, l'activité humaine nécessaire à la vie en collectivité serait vraisemblablement plus courte en durée, et devrait générer, nous l'espérons, moins de mal-être. Cela constituerait alors la fin du « trepaleum ».
[2] Editions Fayard - 1999. Cet ouvrage traite notamment des ouvriers de chez Peugeot.
[3] in La Fabrique de la Haine : contre les politiques sécuritaires et l'apartheid social, Ed. L'Esprit Frappeur - 2002, cet article est également paru, en version plus courte, dans le Monde Diplomatique de juin 2002, sous le titre « La troisième génération ouvrière »
[4] On peut se reporter au N°1 de « Le lundi au soleil » recueil de textes et de récits du mouvement des chômeurs co-édité par L'Insomniaque ; voir aussi le témoignage de Claude et Laurence sur le mouvement des chômeurs de Rennes dans cet ouvrage.
[5] pas tous jeunes, j'en conviens, puisque l'un d'entre eux, ingénieur d'une quarantaine d'années se fera virer suite à la création de ce groupe.
[6] Cité in Gilda je t'aime, à bas le travail ! de Jean Pierre Barou, La France sauvage -1975
[7] film de Jean Michel Carré
[8] [Note de l'Editeur] Les mineurs ont racheté des parts de leur usine avec leur indemnité de licenciement et des prêts bancaires. Loin de faire la révolution autogestionnaire, en devenant actionnaires, ils tendent à l'autoexploitation, au productivisme et à la mise en concurrence.
[9] Cf. Le cercle social, « Refus du travail et conseils de travailleurs, au delà d'une contradiction »
[10] Attention Danger Travail, A. Gonzales et C-P Productions - 2002 (CP productions 9, rue du jeu de ballon 34000 Montpellier).
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 19 Oct 2010 19:58    Post subject: Reply with quote

Version remaniée du tract du groupe Libeludd (Libertaires et luddistes) de Grenoble, dans ce sens que j'avais indiqué plus haut (même si c'est loin d'être parfait).

La version tract à photocopier se trouve ici

Quote:
POUR EN FINIR AVEC LE TRAVAIL, LA SOCIETE INDUSTRIELLE ET LES ILLUSIONS DE LA GAUCHE.


Des millions de personnes dans la rue. Des appels à la grève illimitée. Des ports bloqués depuis deux semaines. Des raffineries en grève annonçant une prochaine pénurie de carburant. Des milliers de lycéens qui bloquent leurs lycées. Le ras-le-bol se généralise et le mouvement contre la réforme des retraites prend de l’importance. Partout se diffuse le sentiment que quelque chose est en train de se jouer. Ce mouvement, nous en faisons partie, et nous sommes solidaires des personnes en lutte, contre la réforme des retraites et l’exploitation. Il est légitime que des personnes qui ont travaillé toute leur vie refusent de rempiler pour deux années supplémentaires.

Pour autant, une grande partie du discours tenu aujourd’hui par la gauche et par les opposants à la réforme des retraites, nous semble au mieux une impasse, au pire clairement dangereuse. En effet il n’y a pas de lutte possible contre la réforme des retraites, sans refuser la robotisation de nos vies, sans refuser le travail tel que nous le connaissons (travail créateur de valeur) et sans sortir du dogme de la croissance et de l’emploi à tout prix. Il n’y a pas non plus de lutte possible sans dénaturaliser la société capitaliste dans laquelle nous vivons et qui nous impose sa richesse économique (l’argent, la valeur, le capital, les marchandises, l’investissement) comme étant normale, naturelle, évidente et ayant soi-disant existé dans toutes les sociétés humaines complexes. De plus la gauche et les syndicats croient à une redistribution moins injuste (moins pour les riches, plus pour les pauvres) de l’argent produit par le sacro-saint travail, défense du travail qu’ils partagent avec Nicolas Sarkozy. Mais cela ne nous fait en rien sortir du capitalisme, puisque la redistribution alternative présupposera une bonne croissance de la valeur capitaliste (donc des profits) en nous pressurant au travail comme des citrons pour faire sortir de nous le jus de la valeur économique. Il faut sortir clairement de cette réalité insupportable que nous vivons qui réduit tout à l’économie. Ce n’est qu’en prenant ces critiques en compte qu’un mouvement peut émerger avec de vraies perspectives.


La crise du capitalisme : Quand les robots rendent l’humain inutile...

TF1 ne nous le dit pas, mais ce que nous appelons le « travail » n’a pas toujours existé. Car le travail ne crée pas naturellement de la valeur comme le prétend la science économique. Le travail tel que nous le connaissons (le travail créateur de valeur) n’existe que dans la société capitaliste présente comme principe d’organisation et de structuration créant une richesse sociale spécifique à cette seule société : la valeur se valorisant infiniment (le capital comme médiation sociale reproduisant l’ensemble de cette société). Dans un cadre de concurrence avec la guerre économique que se livrent les capitaux des entreprises de part le monde pour gagner des parts de marché et faire des profits, la production de valeur incorporée aux marchandises dépendant du travail fourni consiste à augmenter la productivité dans l’appareil de production. Depuis plusieurs dizaines d’années, les machines et les ordinateurs suppriment massivement le travail humain pour tenter d’augmenter au moins provisoirement les profits. Après les ouvriers et les employés (de la Poste, de la SNCF, des magasins ou des banques), c’est aux enseignants de devenir obsolètes. L’école elle aussi devient numérique. Grâce aux progrès de la science et de la technologie, l’accumulation de profit exige moins d’humains à exploiter qu’avant. Pour autant en substituant le travail des humains par le travail des machines, le capitalisme scie la branche (le travail créateur de valeur) sur laquelle il est assis, car en pressurant les salaires et en augmentant le chômage, des millions de gens ne sont plus solvables, et perdent leur pouvoir d’achat. Les marchandises produites incorporent de moins en moins de valeur, phénomène que les capitalistes doivent tenter de compenser en augmentant les volumes de marchandises produites, en nous faisant acheter le plus possible (rôle de la publicité) et en ouvrant de nouveaux marchés. Mais comme de plus en plus d’humains sont ainsi rendus « superflus » pour le capitalisme, la demande s’effondre et c’est la course à l’endettement. Ce mécanisme contradictoire implacable du capitalisme, n’est pas réformable car c’est sa logique même. Le capitalisme ne peut donc plus créer assez d’emplois pour tous. Le capitalisme est donc depuis 40 ans dans une crise généralisée dans les centres capitalistes, il s’effondre et nous pousse avec lui dans la tombe qu’il se creuse tout seul.


...se faire exploiter devient un « privilège »

Les robots nous remplacent donc. Le problème, c’est que nous restons tous plus ou moins contraints de travailler, car le travail créateur de valeur est le lien structurant dans la société capitaliste. Sans travail, pas de salaires, et le frigo reste vide. Tous les humains mis au rebut par les machines n’auront pas assez cotisé pour prétendre à la retraite. Nous en sommes arrivés au stade où pouvoir vendre sa force de travail à une entreprise est devenu un privilège. Mais quel privilège ? Les emplois que créent encore péniblement le capitalisme sont de plus en plus vides, et déconnectés de nos besoins fondamentaux, les travailleurs réduits à n’être que les auxiliaires des ordinateurs, des rouages au sein de la machinerie industrielle. Les gains de productivité devant sans cesse augmenter, les personnes qui travaillent doivent travailler toujours plus, toujours plus vite, de manière toujours plus efficace. Exclus et inutiles, ou exploités et pressurés. Voilà à quoi nous en sommes réduits. Il n’y a pas de solution au problème des retraites ou du chômage sans sortie du capitalisme et de la société industrielle. Combien de temps pensez-vous que ce système s’encombrera d’une main d’œuvre inutile ?


La solidarité ne repose pas sur la croissance !

Pour justifier la réforme des retraites, la droite nous explique : « il y a aujourd’hui moins de travailleurs actifs, et plus de personnes inactives. Il est donc normal de travailler plus longtemps pour payer les retraites » Ce à quoi les économistes de la gauche et de l’extrême-gauche rétorquent : « Même avec une croissance inférieure à 2%, le produit intérieur brut aura doublé d’ici 40 ans, on pourra donc en consacrer une part plus importante au financement des retraites, sans effort financier supplémentaire de la part des salariés. » Pour la gauche, le problème est donc uniquement un problème de répartition des fruits (pourris) de la croissance de la valeur, forme de richesse intrinsèquement capitaliste. Comme si les retraites, et donc la solidarité humaine, reposaient sur la croissance économique. Il faut en finir avec l’idéologie de la croissance. Compter sur un doublement de la production d’ici 40 ans est une aberration. Non seulement le capitalisme est à bout de souffle en venant au terme de sa logique folle et contradictoire, mais notre environnement ne survivrait pas à un tel désastre écologique. Sans compter la dégradation de la vie en société. Car produire plus, c’est produire toujours plus de marchandises, d’ordinateurs, de télévisions à écrans plats, de téléphones portables, et autres gadgets high-tech qui abrutissent, individualisent et finissent par détruire toute relation véritable entre nous. (Et vous, combien d’amis virtuels avez-vous sur facebook ?)


Lycéens et étudiants refusez d’intégrer la machine-travail planétaire !

Le second argument de la gauche contre la réforme des retraites, consiste à refuser l’allongement de la durée de cotisation parce qu’il serait un frein à l’emploi des jeunes. Quels emplois ? Des emplois qui répondent à quels besoins quand le but final est la production de valeur ? Seul compte combien de valeur et d’argent ces emplois auront produit pour la formidable machine à fric dans laquelle les lycéens et étudiant devront trouver leur place. Il faut sortir de cette logique de l’emploi à tout prix. D’abord parce qu’il n’y a plus de travail pour tous. (voir plus haut) Ensuite parce que non seulement cela revient à défendre des emplois qui nuisent au reste de la société, mais que finalement tout travail créateur de valeur fait partie intégrante de la société capitaliste en tant que son noyau et fondement. Il n’y a pas de honte à ne pas avoir de « travail » au sens où l’entend cette société, c’est à dire un travail que l’on ne fait que pour l’argent, sans aucune considération pour son contenu. Il est plus digne de ne pas travailler, plutôt que d’être d’aller dans n’importe quel « taf » pour participer à l’augmentation perpétuelle de la sainte-croissance capitaliste. Remettons en cause notre société sur sa base, le travail créateur de valeur. Pour autant, nous ne voulons pas passer notre vie à ne rien faire. Nous préférons alors parler d’activité en tentant collectivement de sortir de l’économie.


Par où commencer ? Battre en retraite… un débat permanent !

Dans ce monde « à l’envers » qu’est le capitalisme, les choses que le travail fabrique (sous forme de marchandises et de services donc sous forme d’argent et de capital) commandent aux humains et dressent en face de nous comme des divinités barbares qui exigent de nouveaux sacrifices humains. Nous ne sommes que des créatures, des rouages, des supports de ce travail de valorisation économique qui nous dépasse et sur lequel il ne peut plus y avoir aucune maîtrise autre que celle de sortir de cette forme sociale de vie qu’est la vie capitaliste, qu’en dépassant le travail, l’argent, la valeur et la production de marchandises comme formes structurantes de « notre » société. Pour cela dans un premier temps, s’organiser à la base pour obtenir le retrait de la réforme et lutter contre l’administration du désastre capitaliste. Se défier des centrales syndicales qui adorent le Dieu du travail et des partis politiques. Prendre le temps de réfléchir et de construire des solidarités pour repenser une théorie critique du capitalisme. Cesser les journées d’action ponctuelles, pour construire un mouvement solide et continu pour nous rencontrer, discuter, échanger afin d’engager à gauche un débat sur la remise en cause du travail, de l’argent et de la valeur comme formes structurantes de « notre » société. Pour sortir de l’économie ! Nous organiser enfin pour empêcher tout retour à la normale. Paralyser les centres économiques, scientifiques et politiques. Refuser le travail c’est bien, mais le dépasser comme forme structurante de la vie en société c’est mieux ! Produire collectivement ce dont nous avons besoin pour vivre, sans le concours de la machine-travail planétaire et sa production industrielle.



Rendre inutile ce système qui nous rend inutiles.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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lionel



Joined: 14 Mar 2006
Posts: 538
Location: Ardèche

PostPosted: 21 Oct 2010 10:15    Post subject: Reply with quote

Merci pour ce tract efficace et clair.
Très content
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Jeuf



Joined: 14 Nov 2004
Posts: 1506
Location: 63 et 75

PostPosted: 22 Oct 2010 9:35    Post subject: Reply with quote

Quote:

Bien malin qui dira si dans 10, 20 ou 40 ans, il faudra s'activer plus ou moins qu'aujourd'hui, et surtout pas quand l'activité prend la forme d'un travail indifférencié marchandisé.
En faisant mine d'anticiper l'avenir, on ne fait en réalité que soumettre celui-ci à des abstractions qui le fragilisent un peu plus.


En fait, le top du top, en matière d'équité, serait de réaliser pour chaque individu, vers 40 ans, un bilan biologique, environnemental, génétique, psychique...permettant d'évaluer approximativement le nombre d'années de vie lui restant. Et de là, lui offrir une retraite 15 ou 20 ans avant cette date.
Il alors une assez bonne probabilité de vivre le temps évalué, car l'écart type de la gaussienne de l'écart entre prévision/date de décès effective sera de 3 ans, par exemple. Cet écart se réduira avec le temps, grâce à une amélioration ininterompue de la méthodologie du bilan et la croissance des facteurs pris en compte.

Rien ne nous dit que ce ne soit pas possible à l'avenir. C'est le progrès...
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Vincze



Joined: 31 Jan 2008
Posts: 96

PostPosted: 22 Oct 2010 15:34    Post subject: Les retraites : soutenir le mouvement, et après ? Reply with quote

Les retraites : soutenir le mouvement, et après ?

Un sympathisant nous a envoyé un petit ressenti sur la situation sociale de notre pays. Avec sa permission, nous vous en rendons compte tant son malaise est aussi partagé par beaucoup d’entre nous (pas toutes et tous). Le constat est sévère mais malheureusement juste.

Une dizaine de jours après le lancement d’une grève reconductible, toujours plus suivie et toujours plus soutenue par l’opinion publique, j’ai un sentiment amer.

A quoi rime tout cela ?

Hier (mardi 19 octobre), je suis allé manifester. C’est devenu une habitude, renforcée par de longues discussions avec mes collègues et mes amis. Je suis effaré par l’absence de réflexion, de débat de fond, de questionnement. Aux manif’, lorsque l’on écoute les slogans, que l’on lit les tracts, je suis désolé mais je trouve cela dramatique.

Ça l’est encore davantage en écoutant les Duflot, Aubry, Besancenot et Mélenchon… Tous sont en train de se positionner pour récupérer le mouvement mais, surtout, pour ne pas remettre en question notre modèle de société. Tous sont dans une posture électoraliste et opportuniste, pour défendre des acquis sociaux qui ne font pas grand sens si l’on ouvre les yeux sur l’absurdité de cette société de croissance !Il faut comprendre que, même si une retraite à 60 ans, ou à un âge plus précoce encore, était possible, cela resterait absurde puisque l’enjeu est ailleurs. Il est dans le questionnement sur la centralité du travail, sur le sens de nos vies et de ce que l’on produit et comment, non dans le fait de se demander combien d’années il est acceptable de se livrer à une activité absurde et aliénante.

L’appel aux lycéens est encore plus tragique : quel sens, à 16 ans (et j’ai fait la même chose en mon temps), y a-t-il à descendre dans la rue, non pas pour une vie meilleure ou pour une réappropriation de nos choix de vie, maintenant, mais pour s’ennuyer en retraite à regarder Drucker à la TV, à tondre la pelouse de son petit pavillon de banlieue ou encore à laver sa belle bagnole dans 44 ans plutôt que 46 !

Je suis désolé mais j’ai un sentiment d’amertume et de malaise par rapport à tout ça…

Et puis après, on fera quoi ? Comme pour le référendum sur le TCE, comme pour le mouvement social contre le CPE, il va y avoir retrait de la réforme mais de toute manière elle reviendra, sous une autre forme, dans 2-3 ans par le Parti Socialiste ou par d’autres, donc à quoi bon ?

Tout le monde va rentrer, en ayant la certitude d’avoir gagné une bataille, sans se poser plus de questions, bien au chaud chez soi et s’installer sur son canapé devant la télévision en mangeant des plats préparés achetés au supermarché du coin, en bagnole, après une dure semaine de labeur dans une entreprise de merde à produire ou à essayer de vendre des conneries !

A quoi rime tout cela ?

Lorsque l’on écoute la radio, que l’on lit les journaux, il n’y a rien : pas débat de fond, pas de réflexion ! Juste des faits sur, ici un abribus cassé, là Bussereau (Secrétaire d’Etat aux transports) qui raconte n’importe quoi sur l’approvisionnement de gazole, de manoeuvre de culpabilisation du citoyen à la sauce Borloo ou Lagarde, ou bien encore ici la queue dans les stations service, les trains qui soi-disant roulent normalement, etc. Ou pire, des arguments démagogiques et malhonnêtes tels que : « il ne s’agit pas d’un choix idéologique », « la société vieillit il faut allonger le temps de travail« … , en plus avec le soutien d’Angela (une bien pensante allemande) et de David (le sauveur du PIB anglais).

Et bien sûr, en parallèle, la stratégie de guerre civile mise en place par Sarko continue : le problème des banlieues, de l’insécurité puis des roms, les éternels casseurs et les grévistes fainéants maintenant. Que va-t-il se passer dans une semaine si blocage il y a ? Quelle issue à cette affaire ?

Le début d’une vraie prise ou crise de conscience ?

Je reste toutefois solidaire avec les camarades grévistes, qui vont y laisser des plumes, mais j’ai bien peur que tout cela ne se finisse mal (tensions entre grévistes et non grévistes, radicalisation du mouvement, provocations de la police, blocage et déblocage dans la violence, lycéens, étudiants, vrais faux casseurs, etc.) et pour pas grand-chose.

On est très loin du pas de côté. Pourtant, j’essaie de rester optimiste car à chaque manif’, il se passe des rencontres, des discussions, un enrichissement mais aussi de la convivialité autour des idées de la Décroissance. Alors, comme les collègues messins qui ont écrits : « N’attendons pas la retraite pour vivre la Décroissance ». N’attendons pas non plus demain pour vivre dignement le présent.

Un objecteur de croissance

La Décroissance et les retraites : le pas de côté !
http://www.partipourladecroissance.net/?p=4941
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Kercoz



Joined: 20 Sep 2008
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PostPosted: 22 Oct 2010 19:32    Post subject: Reply with quote

Le tract est interessant mais , par ex , ce point :
/////Produire collectivement ce dont nous avons besoin pour vivre, sans le concours
de la machinerie industrielle. /////
Me gène un peu . Il y a un problème de "limite" des "besoins" et un problème de cernage du "collectivement".

Je pense q'une grande partie desbesoins essentiels peuvent etre auto-produits et que seuls une partie (outillage , communcation necessite le collectif et une production externalisée .
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